Hukuna matata

Expressions et mots venant de la chanson : les sources et les robinets 7/13
11bis234567899bis1010bis111213

Ça rame cette série… On ne trouve pas d’expression très convaincante venant de la chanson. Je propose une explication. Supposons que la langue soit un vaste système hydrologique. Les mots, les expressions, c’est une eau qui fait tourner nos moulins (à paroles ?) et qui à l’occasion désaltère nos esprits. Il y a de l’eau, et donc des sources.  Et il y a des robinets. Les sources inventent la langue, les robinets la restituent.

La chanson se placerait du côté des robinets tout simplement… elle pourvoit plus qu’elle ne sourçoit. N’a-t-on pas parlé à propos de radios ou de chaines de télé de « robinet à musique » ? Il y a aussi des bassins d’épandage et de vastes usines d’épuration comme Walt Disney. On y recycle des expressions comme « Hakuna matatizo » qui signifie en swahili « pas de problème ». Sur wikipedia, j’apprends que

L’expression s’est d’abord fait connaître dans les pays occidentaux en 1983, avec la reprise, par Boney M., de la chanson Jambo Bwana du groupe kényan Them Mushrooms, sortie l’année précédente et qui reprend la phrase « Hakuna matata » dans son refrain. Elle a ensuite connu une nouvelle popularité avec le film d’animation Le Roi lion en 1994.

On écoute tout ça.

Jambo Bwana, du groupe kényan Them Mushrooms.

Jambo Bwana par Boney M.

Hakuna matata, dans le Roi lion.

Walt Disney ne fait pas que recycler. Le mot Supercalifragilisticexpidélilicieux a bien été inventé pour Mary Poppins, mais il ne sert quand même pas tous les jours. Supercalifragilisticexpidélilicieux, par Julie Andrews et Dick Van Dyke.

 

NB : Je ne suis moi-même qu’un robinet, puisque j’emprunte la métaphore de la source et du robinet à une lettre de Gustave Flaubert à Louise Colet, le 16 septembre 1853.

Pourquoi perds-tu ton temps à relire Graziella quand on a tant de choses à relire ? Voilà une distraction sans excuse, par exemple ! Il n’y a rien à prendre à de pareilles œuvres. Il faut s’en tenir aux sources, or Lamartine est un robinet.

(Notez le Lamartine bashing, sport en vogue chez les écrivains, dont on a déjà eu un exemple ici).

Tous les thèmes

Ils sont le morse

Parodies 3/6
1 – 2 – 3 – 3bis – 4 – 5 – 5bis6

Dans un ancien post de ce blog, on se demandait si les Beatles étaient vraiment « le morse » (ici). « Morse » (une sorte de phoque avec de longues dents) se dit en anglais « walrus », il s’agissait donc d’une allusion à I am the walrus des Beatles. On en passe aujourd’hui une  version légèrement parodique, par Jim Carrey qu’on connait mieux comme acteur dans des comédies américaines. C’est réjouissant de le voir s’amuser comme un fou (il s’excuse de ses aigus, fait l’Anglais vers 2:15, le tout assaisonné de grimaces). On notera l’autodérision de George Martin, le fameux  « 5è Beatles », à qui on doit les arrangements d’origine, et qui dirige ici l’orchestre.

 

Évidemment, un morceau « poétique-psychédélique-génial » comme I am the walrus, ne pouvait pas échapper au tribunal Zappatiste.  Petite parodie par Frank Zappa, avec en guest-star un véritable morse en peluche. Au fait, pour ceux qui ne le connaîtrait pas, Zappa, c’est le moustachu qui bat la mesure au début de la vidéo.

 

I am the walrus a fait couler beaucoup d’encre, notamment en raison de ses paroles énigmatiques (voir ici). La chanson s’inspire paraît-il du poème de Lewis Carroll, Le Morse et le Charpentier. En chanson :


Tous les thèmes

Delphine et Guillaume

Nougaro et ses compositeurs 11/15
1 – 2 – 3 – 4 – 5 – 6 – 7 – 8 – 9 – 10 – 11 – 12 – 13 – 1415

Aujourd’hui, une chanson composée par Michel Legrand (mais sans Nougaro). Extrait des Demoiselles de Rochefort film de Jacques Demy. À l’image Catherine Deneuve (Delphine) et Jacques Riberolles (Guillaume). Mais leurs voix sont doublées par Anne Germain et Jean Stout.

Au fait, c’est amusant, Anne Germain fut l’interprète du générique de l’Île aux enfants, tandis que Jean Stout était la voix de Baloo dans la version française du Livre de la jungle de Disney. Aller, on écoute tout ça.  Pas simple de reconnaître leur voix…

Tous les thèmes

 

Joyeux non-anniversaire

Les scientifiques dans la chanson 4/12
1 – 2 – 3 – 4 – 5 – 5bis – 6 – 7 – 8 – 9 – 10 – 11 12

Le mythe du savant fou est bien sûr présent dans la chanson, on l’a entre-aperçu avec La java des bombes atomiques. Et bien sûr, certains savants sont plus fous que d’autres. Ainsi, parmi les scientifiques eux-mêmes, les mathématiciens ont-ils une réputation particulière d’introversion et de manque d’esprit pratique. Et parmi les mathématiciens, on vous désignera probablement les logiciens comme les plus fous. Je m’explique : la logique mathématique a connu un développement impressionnant au XXè siècle, c’est devenu une branche à part entière des mathématiques. Il est très surprenant que des catégories aussi bien établies pour le mathématicien, telle que l’opposition entre le vrai et le faux, ou le fini et l’infini, recèlent des pièges et des ramifications curieuses. Celui qui choisit de consacrer sa carrière à leur étude, plutôt qu’à des sujets nobles comme la théorie des nombres, ou utiles comme les équations aux dérivées partielles, est un peu suspect dès le départ. Et ce d’autant que les grands pionniers du domaine sont plusieurs à avoir connu des destins plus ou moins marqués par des troubles psychiatriques :

– Georg Cantor, fondateur de la théorie des ensembles, découvreur de l’existence de plusieurs grandeurs d’infini et de l’arithmétique qui les sous-tend, qui a lutté toute la fin de sa vie contre des accès de profonde dépression.

– Kurt Gödel, plus grand logicien du XXè siècle, qui a découvert la distinction entre le vrai et le prouvable, auteur du célèbre théorème d’incomplétude, hypocondriaque, paranoïaque et finalement mort d’anorexie.

– Alan Turing, qui a exhibé les premiers problèmes parfaitement spécifiés et pourtant non résolubles par ordinateur, ce avant même l’avènement des premiers ordinateurs et indépendamment de leur spécificités techniques contingentes, et qui, persécuté pour son homosexualité, a fini par se suicider.

Alors, quelle chanson pour illustrer la folie et la logique mathématique ? Comme avec Boris Vian et sa Java, le mieux est de s’en remettre à un professionnel : Lewis Carroll, professeur de logique au Christ Church College d’Oxford, et auteur d’Alice au Pays des Merveilles. Dans l’adaptation en dessin animé des studios Disney, le lièvre de Mars et le chapelier fou donnent un petit cours de logique à Alice, en tentant de lui enseigner ce qu’est un non-anniversaire. C’est apparemment plus facile à comprendre qu’à expliquer (voir à 1min45s, les explications très drôles du prof …).

La même en VO :



Tous les thèmes