Gastibelza

Brassens et les poètes 5/8
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On poursuit notre étude des rapports entre Brassens et ses poètes avec Gastibelza, poème de Victor Hugo. On l’a déjà entendu dans le blog, chanté par Philippe Jaroussky, ici. La voilà par Brassens.

Je profite de cette chanson pour souligner un aspect de Brassens, non pas méconnu, car tous les musiciens le savent depuis longtemps, mais qui échappe à certaines oreilles distraites : ses qualités tout à fait éminentes de mélodiste. Écoutez attentivement Gastibelza, essayez de la rechanter exactement ou de la jouer au piano : aucune note ne tombe au hasard ou à plat. Et il en fallait du génie pour mettre en musique Hugo, surtout Hugo. Voilà ce qu’un jeune homme disait à André Gide à peu près l’époque où Brassens composait Gastibelza et son autre adaptation, La légende de la nonne (déjà passée, ici) :

L’alexandrin ne nous intéresse plus. Il a vécu ; ayant épuisé ses ressources latentes. Notre curiosité s’en retire ; nous cherchons notre plaisance ailleurs, et ne sentons plus que ce que l’accoutumance à son rythme, à ses lois, avait de factice et de convenu, de consenti. Nous ne trouvons dans Hugo (il ne nous offre) qu’une très habile, mais monotone et vaine,  amplification ; il ne sait cacher que du vide sous sa trompeuse énormité. 

André Gide pense alors :

Et je me sentais furieux contre lui, contre Hugo, contre moi qui ne trouvais plus par quoi ni comment le défendre. Se pouvait-il ? Ce poète énorme, allait-il donc devenir négligeable et s’enfoncer de tout son poids monstrueux dans l’oubli ?

Ces citations sont tirées de la préface de l’Anthologie de la Poésie Française d’André Gide, en 1947. Ce n’est qu’un court extrait, le reste vaut le détour, allez-y voir. Hugo se voit donc plutôt démonétisé en ce milieu du XXè siècle. Retournez lire la série du blog sur Verlaine qui égrainait une longue liste de chansons louant ce poète si léger et moderne. Vous ne trouverez rien de tel sur Hugo. Il faut bien tout le génie musical de Brassens pour le faire chanter à nouveau…

Une dernière chose : comme dans Les Passantes, on peut remarquer que Brassens n’hésite pas à couper les strophes qu’il ne veut pas dans sa chanson. Voir le texte intégral de Hugo, ici. Il fait ça presque à chaque fois qu’il adapte un poème. En auteur efficace de chansons, il concentre le propos sur un seul aspect du poème. Il faut qu’une chanson soit courte, simple et directe.

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