J’ai bu

Vin, alcool et ivrognerie 2

Rabelais nous accompagne aujourd’hui.

En l’abbaye était pour lors un moine claustrier nommé frère Jean des Entommeures, jeune, galant, frisque, de hait, bien à dextre, hardi, aventureux, délibéré, haut, maigre, bien fendu de gueule, bien avantagé en nez, beau dépêcheur d’heures, beau débrideur de messes, beau décrotteur de vigiles, pour tout dire sommairement vrai moine si onques en fut depuis que le monde moinant moina de moinerie, au reste clerc jusques ès dents en matière de bréviaire.

Icelui, entendant le bruit que faisaient les ennemis par le clos de leur vigne, sortit hors pour voir ce qu’ils faisaient, et avisant qu’ils vendangeaient leur clos auquel était leur boire de tout l’an fondé, retourne au chœur de l’église où étaient les autres moines, tous étonnés comme fondeurs de cloches, lesquels voyant chanter ini, nim, pe, ne, ne, ne, ne, ne, ne, tum, ne, num, num, ini, i, mi, i, mi, co, o, ne, no, o, o, ne, no, ne, no, no, no, rum, ne, num, num : « C’est, dit-il, bien chien chanté. Vertus Dieu ! que ne chantez-vous : Adieu paniers, vendanges sont faites ? je me donne au diable s’ils ne sont en notre clos, et tant bien coupent et ceps et raisins qu’il n’y aura, par le corps Dieu ! de quatre années que halleboter dedans. Ventre saint Jacques ! que boirons-nous cependant, nous autres pauvres diables ? Seigneur Dieu, da mihi potum ! »

Lors dit le prieur claustral : « Que fera cet ivrogne ici ? Qu’on me le mène en prison. Troubler ainsi le service divin ! »

« – Mais, dit le moine, le service du vin, faisons tant qu’il ne soit troublé, car vous-même, monsieur le prieur, aimez boire du meilleur si fait tout homme de bien. Jamais homme noble ne hait le bon vin c’est un apophtegme monacal. Mais ces répons que chantez ici ne sont, par Dieu ! point de saison. ( … ) Écoutez, messieurs, vous autres qui aimez le vin : le corps Dieu, si me suivez ! Car hardiment que saint Antoine m’arde si ceux tâtent du plot qui n’auront secouru la vigne ! Ventre Dieu, les biens de l’Église ! »

Hier c’était Je bois, donc logiquement aujourd’hui c’est J’ai bu, l’une des premières chansons de Charles Aznavour et Pierre Roche, par Georges Ulmer.

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