Ni Jean-Jacques Goldman, ni JeHan, ni Hubert-Félix Thiefaine, ni Jean-Jacques Milteau n’est le plus grand bluesman français (ni Personne ?)

Qui est le plus grand bluesman français ? 7bis/8
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C’est promis : demain, on met fin au suspense, on saura qui est le plus grand bluesman français. Un dernier points sur les nombreuses propositions des lecteurs du blog.

Merci à « Genzo le parolier » pour sa proposition d’authentiques blues de Renaud : Le blues de la Porte d’Orléans, et À quelle heure on arrive.

 

NP propose Jean-Jacques Goldman comme plus grand bluesman français avec à l’appui de cette hypothèse Reprendre c’est voler qui est assez blues. Je ne sais plus quoi inventer pour repousser toutes ces bonnes idées … Disons qu’il est trop optimiste ce bon J.-J. G.

 

Sur Facebook, Alain Berjon nous propose JeHaN qu’on a déjà vu sur le blog dans une veine plutôt réaliste (ici). Il excelle aussi dans le blues donc, avec par exemple cette reprise d’un grand succès de Michel Fugain, Je n’aurai pas le temps, extrait de son album La vie en blues. Tiens tiens, encore des paroles de Pierre Delanoë, ça avait suffit à éliminer Joe Dassin !

 

Loïc Perlman propose un duo, Paul Personne et Hubert-Félix Thiefaine. Le vieux bluesman et la bimbo. Très réussi, mais on cherche un seul plus grand bluesman français, ça ne peut pas être un duo.

 

Pierre Aboulker nous propose enfin l’harmoniciste Jean-Jacques Milteau. Ça ne compte pas, ici on ne s’intéresse qu’aux chanteurs ! Blues Harp.

 

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Henri Salvador n’est pas le plus grand bluesman français

Qui est le plus grand bluesman français ? 7/8
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On a peut-être fait fausse route. Peut-être qu’il n’y a pas de blues français, tout simplement. Parce qu’il n’y a pas de champs de coton en France, parce qu’il n’y a qu’une très ancienne Orléans. Et on n’a pas de descendants d’esclaves noirs… mais si on réfléchit, il y a bien des descendants d’esclaves noirs en France, à la Guadeloupe, à la Martinique, etc. Si c’est là qu’il fallait chercher le plus grand bluesman français ?

J’ai un peu cherché dans cette direction, c’est une fausse piste. Pourquoi les Antillais feraient-ils du blues d’ailleurs ? Pointe-à-Pitre est à 2000 km de la Nouvelle-Orléans et on ne demande pas à Cabrel de chanter de  l’Occitan ou à Johnny du belge. Et puis les Antilles françaises ont inventé la biguine et le zouk. Voilà ce qu’écrit Bertrand Dicale sur le zouk dans son Dictionnaire amoureux de la chanson française.

[…] cette musique inventée à Paris par trois Guadeloupéens (Jacob Desvarieux et les frères Pierre-Édouard et Georges Décimus) va conquérir le monde, influencer durablement les musiques urbaines d’Afrique, de l’océan Indien et des Amériques latine et centrale, et pourtant ne sera considérée en France que comme une fantaisie pour dancing d’arrière-plage, quelque part dans les années 80. […] Alors on préfère ne pas percevoir qu’une révolution musicale porte la nationalité française. Et finalement, le reggae de Bob Marley est plus aisément soluble dans la culture française.

C’est vrai Monsieur Dicale : la France invente le zouk, chante son hymne national en reggae, mais ne parle que de blues ou de java dans les paroles de ses chansons, allez savoir pourquoi. Si vous vous intéressez aux Antilles et à la chanson française, je vous recommande l’émission de Benoit Duteurtre du 11 novembre 2017, avec comme invité Pascal Légitimus, en réécoute ici.

Il y a quand-même un célèbre blues, chanté et composé par un Antillais d’origine. Blouse du dentiste, musique de Henri Savador, paroles de Boris Vian. On reconnaît le genre parodique propre aux débuts du rock en France (voir notre série sur ce sujet, ici). The genius, Ray Charles en personne, n’en veut pas du tout au bon Henri.

Quel farceur vous faites Monsieur Salvador. Sans ça, vous seriez sûrement devenu le plus grand bluesman français. Et puis voilà du blues. Brownie McGhee, Pawn Shop Blues.

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Ni Georges Brassens, ni Renaud ni Francis Cabrel n’est le plus grand bluesman français

Qui est le plus grand bluesman français ? 6/8
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Hasard du calendrier : ce premier billet de l’année 2018 est aussi le 500è billet du Jardin aux Chansons qui bifurquent ! Faites passer, partagez, abonnez-vous, faites suivre, et bonne année à tous !

Mais pour moi, aujourd’hui c’est le désespoir, j’ai le blues. Parce qu’on n’a toujours pas trouvé le plus grand bluesman français. On passe au bizarre, aux hypothèses les plus folles.

Brassens m’a été proposé dans un commentaire sur Facebook.  En fait, avant d’écrire cette série, j’ai lu quelque part que Brassens, finalement c’est du blues. Cette citation m’a d’ailleurs été rapporté par Pierre Delorme au début de la série. Impossible de trouver qui a dit ça au départ, help.

Je dois rejeter cette hypothèse : les musiques de Brassens n’empruntent pas grand chose au blues. Mais je pense que les tenants de l’hypothèse « Brassens » voient plutôt le blues comme un état d’esprit.  Alors cet homme qui tire seul sur sa pipe dans les bayous de l’étang de Thau en méditant sur la marche du monde et la démarche de la femelle du canard, il pourrait faire l’affaire. Et certaines de ses chansons ont quelque chose du blues… Le 22 septembre.

Mais non, ici, le blues, c’est le blues, yeah baby. Osons toutefois le pas prévu, bousculons nos certitudes. Tenez, par exemple, Renaud. Avez-vous remarquer que son H.L.M. ça peut sonner un peu comme un blues ? Mais de là à dire que Renaud est le plus grand bluesman français, alors là, je dis non, un vrai bluesman ça ne donne pas de coups de pied à des pigeons idiots (même pour de faux). Et ça ne vote pas Fillon.

Ou alors Francis Cabrel, qui m’a été proposé par Pierre Aboulker, internaute de bientôt quelque part espère-t-on. Il n’est pas mal du tout, très « root » à sa manière. Il a écrit des sortes de blues, comme Sarbacanne.

Ou encore La dame de Haute Savoie.

Je ne sais pas pourquoi il cache ça derrière des arrangements rocks ou variétoches. Car si on fait attention à la grille d’accords, on réalise que c’est pas loin d’un blues. Si la grille d’accords ne vous parle pas, contentez vous de cette preuve irréfutable : dans les paroles, Cabrel envisage la mort de son chien. Mais il ne va pas au bout de l’idée, il laisse ce désastre propre à donner le blues à l’état d’hypothèse.

Pour entendre La dame de Haute-Savoie comme un blues, il faut un peu fouiller le web à la recherche d’amateurs. Par exemple, une certaine Victoria. Soyez indulgent, le groove ne se met pas en place tout de suite :

Si vous aimez les vidéos d’amateurs, allez voir une autre version sympathique par Nathy&Mel

Bon, trêve d’amateurs. Monsieur Cabrel, vous êtes un grand professionnel. Mais n’oubliez pas que le Titanic a été construit par des professionnels et l’Arche de Noë par un amateur. Et puis je vous le dis tout net : vous auriez pu être le plus grand bluesman français, il fallait juste ne pas mettre ces arrangements variétoches partout, non mais. Et bien sûr faire mourir votre chien (dans votre chanson, je n’ai rien contre les chiens en dehors du blues). Et vouloir être un bluesman, zut. Non, mieux : ne pas avoir d’autre choix qu’être un bluesman, oh shit man, why ain’t gotta you the blues Francis ? Comme Skip James par exemple. Hard time killin’ floor blues.

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Johnny Hallyday n’est pas le plus grand bluesman français

Qui est le plus grand bluesman français ? 5/8
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Le blues est rudimentaire et malléable, on l’a dit. On en retrouve des éléments dans toutes sortes de musiques : le jazz bien sûr, le rythm’n blues évidemment, et le rock surtout. Mais de là à dire que « toute la musique que j’aime, elle vient de là, elle vient du blues », c’est un peu exagéré monsieur Johnny. Il y a le ragtime, le gospel, le jazz, la country et toutes sortes de traditions européennes.

À part, ça, oui, vous êtes presque le plus grand bluesman français monsieur Johnny, parce que vous avez composé le plus grand blues en français de tous les temps. Le public ne s’y est pas trompé qui d’une de vos musiques a décidé de faire votre plus grand tube. Les paroles sont de Michel Mallory, principal parolier de Johnny, avec 114 chansons au compteur ! Johnny, Toute la musique que j’aime.

Mais il ne suffit pas d’avoir composé le plus grand blues pour être le plus grand bluesman. D’ailleurs, les paroles sont trop précieuses à mon goût : « La musi QUE-QUE j’aime », c’est clairement inspiré de Victor Hugo, qui lui aussi maniait le « que-que » avec aisance. Extrait de Paroles sur la dune :

Maintenant que mon temps décroît comme un flambeau,
Que mes tâches sont terminées ;
Maintenant que voici que je touche au tombeau
etc

Ah, que voici que je touche… Vous avez bien mérité vos funérailles nationales tous les deux. En tout cas, un vrai bluesman, ça ne chante pas Que je t’aime en japonais.

Bref, Monsieur Johnny, vous n’êtes pas le plus grand bluesman français. Mais vous êtes le plus grand bluesman suisse, ça d’accord. Et paix à votre âme. En attendant, un blues. Lightnin’ Hopkins, Woke up this morning.

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Ni Fred Ox ni Gérard Delahaye n’est le plus grand bluesman français

Qui est le plus grand bluesman français ? 4bis/8
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Ce jeu piste à la recherche du plus grand bluesman française suscite de très nombreuses propositions, merci à tous.

Tout d’abord, Pierre Delorme me signale une énorme bourde dans le dernier billet. Les accords du blues, c’est I, IV, V et non pas I, II, V comme écrit initialement. C’est corrigé, merci.

Ensuite Loïc Perlman me propose sur Facebook de très nombreuses pistes. Georges Brassens (dont on reparle bientôt), Gérald de Palmas, Louis Bertignac et l’irréductible et inoxydable Fred Ox. Je ne peux pas tout passer… Je retiens Fred Ox, Procrastination. Ne remet jamais à demain ce que tu peux faire après-demain Fred Ox !

Sur Facebook encore, Alain Berjon me propose Funeral Blues de Gérard Delahaye, je ne connaissais pas, très joli, merci. Les paroles sont une traduction d’un poète anglo-américain, W.H. Auden. J’ai trouvé un blog de chansons poétiques qui propose de nombreuses traductions du poème, intéressant : ici.

Tout ces trucs ne sont pas vraiment des blues… Et puis, je voudrais passer la fin de la série, alors si j’ai tout de suite le plus grand bluesman français, ce sera un coup arrêt (et pire, un coup de blues).

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Joe Dassin n’est pas le plus grand bluesman français.

Qui est le plus grand bluesman français ? 4/8
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Finalement, qu’est-ce que le blues ? Dans sa forme pure, c’est une tourne très carrée de douze mesures sur une grille de trois accords majeurs septièmes : I, IV et V. Et dessus une mélodie sur un rythme ternaire utilisant des notes de la gamme mineure. Il paraît que ce mélange hétérodoxe d’accords majeurs et de notes de la gamme mineure provient d’une synthèse entre la musique occidentale et les modes apportés par les esclaves africains déportés aux États-Unis. J’oubliais un point important, dans les paroles, votre femme doit vous quitter et votre chien mourir.

Si tout ça ne vous paraît pas clair, vous pouvez écouter François Pérusse, Le blues.

Trêve de théorie. Aujourd’hui, un candidat très sérieux au titre tant convoité de plus grand bluesman français : Joe Dassin, grand connaisseur de l’Amérique (il est même un peu américain) et diplômé d’un master en anthropologie de l’université du Michigan. Cet excellent musicien s’est essayé avec bonheur à la reprise de standards, comme Infirmary blues.

Il a aussi produit une tentative intéressante de raconter une histoire sinistre de France profonde dans une esthétique blues. Marie Jeanne.

 

Dans un style plus didactique, il a essayé d’expliquer au public français ce qu’est le blues. Blue country, paroles de Pierre Delanoë et Claude Lemesle.

La saison du blues, encore des paroles de Pierre Delanoë et Claude Lemesle.

 

Bravo Monsieur Dassin, vous êtes effectivement un candidat très sérieux au titre de plus grand bluesman français. Trop sérieux en fait : un bluesman, ce n’est pas un professeur de blues. Et puis, je ne connais aucun bluesman qui fasse écrire ses paroles par Pierre Delanoë. Et puisqu’on parle de blues, écoutons Scrapper Blackwel, Nobody knows you when you’re down and out. C’est si bon qu’on voudrait que ça dure toujours…

J’aime vraiment bien ce Scrapper Blackwell, en me baladant sur YouTube, j’ai trouvé ça :

 

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Higelin n’est pas le grand bluesman français

Qui est le plus grand bluesman français ? 3bis/8
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Sur Facebook, Pierre Inkognito propose Higelin comme plus grand bluesman français. L’idée est excellente, je me suis presque laissé convaincre. Banlieue Boogie Blues.

Mais je ne peux pas accepter cette suggestion, j’ai déjà nommé Higelin chanteur français du bonheur (ici), il ne peut en même temps être le plus grand bluesman. Au fait, il va falloir arrêter de faire des suggestions de plus grand bluesman français, parce que je vais bientôt être à bout d’arguments de mauvaise fois pour les refuser…

Inkognito signale aussi Hold Tight, dans un style ragtime très réjouissant (profitez-en pour retourner voir les deux billets consacrés au ragtime, ici et ici).

 

Sinon, dans un des billets sur le blues, je vous ai passé Blind Willie Mctell. Bob Dylan lui a rendu un hommage que me signale Pierre Delorme. No one sings the blues like Blind Willie McTell, ici, chanté avec Mark Knopfler (je pense qu’il accompagne à la guitare, je ne suis pas sûr de l’entendre chanter… et si quelqu’un me trouve une version sans ce piano balourd, j’achète).

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Michel Jonasz n’est pas le plus grand bluesman français

Qui est le plus grand bluesman français ? 3/8
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Le plus grand bluesman français serait-il Michel Jonasz ? La question est un peu tordue. Je suis très fan de l’interprète. Comme parolier, je le trouve plutôt sous-estimé, on parlera de ça une autre fois. Comme musicien, ses mélodies ciselées me font plus penser à Vincenzo Bellini qu’à B.B. King. Écoutez plutôt, Dolente immagine di Fille mia, de Vincenzo Bellini, par Luciano Pavarotti, et puis Dites-moi, de Michel Jonasz, en duo avec Véronique Sanson. Vous ne trouvez pas comme une parenté ?

Moi, je trouve une parenté dans la mélodie. Et puis voilà des compositions qui accordent une certaine attention à la respiration du chanteur, c’est une musique qui s’écoute avec les poumons je trouve, alors que le blues ça s’écoute avec les tripes évidemment. Pourtant Jonasz parle souvent de blues, c’est presque une manie. Écoutez plutôt.

Du blues du blues du blues, en duo avec Eddy Mitchell

La même, avec Nougaro et Bill Deraime.

Joueurs de blues, ça groove grave.

Mais voilà, Jonasz, le blues, il en parle, il en parle, mais il n’en fait pas tellement… Joueur de blues n’est pas un blues, Du blues du blues du blues, ce n’est pas du blues. Comme aurait dit De Gaulle, il ne suffit pas de sauter comme un cabri en criant « du blues, du blues ». Non, monsieur Jonasz, vous n’êtes pas le plus grand bluesman français. Vous l’auriez été sans difficulté, mais pour ça, il eût fallu chanter du blues, tout simplement. Comme par exemple Blind Willie McTell, Statesboro Blues.

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Eddy Mitchell n’est pas le plus grand bluesman français

Qui est le plus grand bluesman français ? 2/8
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Notre quête du plus grand bluesman français sera compliquée, parce que le blues est à la fois rudimentaire et malléable, ce qui fait qu’on le retrouve un peu partout. Par exemple, dans le Lèche-bottes blues, d’Eddy Mitchell.

Très bien ce blues Monsieur Eddy. Vous n’êtes pas loin d’être le meilleur bluesman français, vous aviez tout pour y parvenir. Mais il ne fallait tant blaguer dans votre chanson, c’est sérieux le blues.

Au fait, en v’la du blues. Sleepy John Estes, Mailman blues. (et joyeux Noël à tous).

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Bashung n’est pas le plus grand bluesman français

Qui est le plus grand bluesman français ? 1bis/8
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Christophe, internaute de Paris, propose sur facebook Bashung. Je pense qu’il y a un malentendu. Bashung est certes l’homme le plus bleu de la chanson française, presque l’égal d’un schtroumpf. Mais ça n’en fait pas un bluesman. Les mots bleus, d’un autre Christophe (qu’on a déjà vu dans le blog, série sur les fausses notes, ici)

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