Gogol, Mouna et Théodore Monod

Les chansons de Mai 6bis/9
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Vous avez peut-être remarqué une accélération de la parution des billets ces derniers jours ? C’est dû à une erreur, j’en avais casé deux le même jour, en conséquence de quoi j’ai dû un peu décaler et tasser tout ça.

En ce dimanche, un petit billet pour faire le point sur différentes choses. Tout d’abord, le sondage « quel est le chanteur le plus soixante-huitard ». Je n’ai eu que deux réponses : NP, internaute de Lyon 6è me dit Antoine, et Karim, internaute de Genève me dit Graeme Allwright. Et moi je dis Jacques Dutronc, cf le billet d’avant-hier. L’échantillon n’est pas statistiquement représentatif ! En fait, je me demandais si quelqu’un penserait à Dutronc… Mais tout ça n’a pas grand sens évidemment.

Karim de Genève (déjà cité) me signale une erreur dans le billet consacré à Aguigui Mouna. Gogol Premier n’est pas un groupe de rock, mais un chanteur. C’est corrigé. Dans le billet, je parlais du discours de Théodore Monod à l’enterrement de Mouna. Si vous ne savez pas quoi faire ce dimanche, je vous recommande l’émission de Benoît Duteurtre (en réécoute ici) consacrée à Alain Souchon. Il parle de sa chanson La vie Théodore, sur Théodore Monod justement.

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Dominique Grange

Les chansons de Mai 6/9
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Encore une chanson de mai, Chacun de vous est concerné de Dominique Grange. Cette chanteuse s’est véritablement convertie au militantisme à la faveur des événements de mai, voir sa biographie sur Wikipedia. La chanson a probablement été écrite et chantée pendant les événements, puis enregistrée après. La vidéo est un montage de dessins de Jacques Tardi, époux de Dominique Grange (c’était la minute people).

Une autre chanson de Dominique Grange, La pègre (merci à Mathilde, internaute de Paris 10è pour la proposition).

 

Paroles très intéressantes, on retrouve la « chienlit », expression de De Gaulle pour qualifier les événements de 68. Dominique Grange chante « Nous sommes des gauchistes, des aventuristes, marxistes léninistes guévaristes ou trotskystes ». Elle oublie les maoïstes, je ne sais pas s’il faut y voir un message politique ou une sombre histoire de hiatus… On retrouve aussi dans la chanson le slogan « nous sommes tous des juifs allemands », qui fait référence à l’éditorial de l’Humanité du 3 mai 1968, écrit par Georges Marchais. Extrait.

Comme toujours lorsque progresse l’union des forces ouvrières et démocratiques, les groupuscules gauchistes s’agitent dans tous les milieux. Ils sont particulièrement actifs parmi les étudiants. À l’université de Nanterre, par exemple, on trouve : les « maoïstes » ; les « Jeunesses communistes révolutionnaires » qui groupent une partie des trotskystes ; le « Comité de liaison des étudiants révolutionnaires », lui aussi à majorité trotskyste ; les anarchistes ; divers autres groupes plus ou moins folkloriques.

Malgré leurs contradictions, ces groupuscules – quelques centaines d’étudiants – se sont unifiés dans ce qu’ils appellent « Le Mouvement du 22 mars Nanterre » dirigé par l’anarchiste allemand Cohn-Bendit.

Brrrr, « l’anarchiste allemand Cohn-Bendit ». La seconde guerre mondiale n’est pas si loin, un peu d’anti-germanisme primaire peut toujours aider à s’adresser aux masses. Surtout lorsqu’il s’applique à un nom juif, ça permet de flatter l’antisémitisme qui traine ici ou là sans avoir l’air d’y toucher… D’où la réplique des soixante-huitards : le slogan « nous sommes tous des juifs allemands ».

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Paris s’éveille

Les chansons de Mai 5/9
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On continue avec Jacques Dutronc et une chanson de Mai 68 assez surprenante, car plutôt classée de nos jours dans l’immense et vague répertoire des chansons de « variétés » : Il est cinq heures, Paris s’éveille. La chanson est sortie en mars 1968, sur le même disque que L’augmentation et Fais pas ci, fais pas ça vues dans le dernier billet. On est bien dans l’esprit de mai, combinaison paradoxale d’individualisme, d’hédonisme et de conscience sociale : un fêtard rentrant se coucher au petit matin croise des « ouvriers déprimés » qui partent trimer. On retrouve ce mélange dans Et moi et moi par exemple (déjà vue ici), du même parolier, Jacques Lanzmann qui a parfaitement capté l’air du temps.

Mais ce qui a dû parler au cœur du manifestant soixante-huitard, c’est cette vision de Paris, si belle dans le petit matin… Avec quelques barricades, ça devait être encore mieux. Et bien sûr, l’expression « Paris s’éveille » prend un sens tout à fait différent en pleine « révolution »… Il est cinq heures, Paris s’éveille, vidéo du 18 avril 1968.

Notez que ce n’est pas la première fois qu’une chanson au premier abord légère se trouve propulsée au rang de chanson révolutionnaire : il y a eu Le temps des cerises, avec la Commune de Paris, mais c’est une autre histoire. Il paraît que dès Mai 68, les paroles un peu trop petites bourgeoises de Il est 5 heures ont été adaptées aux événements par Jacques Le Glou :

Les 403 sont renversées
La grève sauvage est générale.
Les Ford finissent de brûler
Les enragés ouvrent le bal.
Il est cinq heures… Paris s’éveille,
Paris s’éveille

Cette version révolutionnaire a été enregistrée plus tard. Il est cinq heures, Paris s’éveille par Jacqueline Danno.

Cette chanson est parue sur le disque Pour en finir avec le travail dont on va voir plusieurs titres dans les prochains billets.

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Dutronc soixante-huitard

Les chansons de Mai 4/9
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Je vous ai proposé un sondage il y a quelque temps : quel est le chanteur le plus « soixante-huitard ». Évidemment, il n’y a pas de « bonne réponse », je vous donne la mienne : Jacques Dutronc. Écoutez plutôt. Sur le disque Il est cinq heures, sorti en mars 1968, on trouve L’augmentation, portrait satirique d’un délégué syndical lâche, qui se fait traiter de « fainéant » par son patron. La chanson se trouve à la croisée de bien des chemins : basculement du mouvement ouvrier dans des revendications plus individualistes, luttes vues comme un spectacle (« aujourd’hui je fais mon discours »)…

Et Fais pas ci, fais pas ça, critique de l’éducation traditionnelle, thème hautement soixante-huitard.

Et puis une autre chanson plus surprenante qu’on garde pour le prochain billet…

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La révolution d’Évariste

Les chansons de Mai 3/9
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Je n’ai eu qu’une seule réponse au sondage « quel est le chanteur le plus soixante-huitard ? « . Répondez, répondez !

Dans son témoignage du billet précédent, Renaud évoque « un jeune mec qui avec sa guitare chante une chanson qu’il venait d’écrire : La révolution« . Il s’agit d’Évariste (pour ceux qui en doutent, écoutez bien les paroles que chantonne Renaud, ça correspond parfaitement). La révolution, par Évariste, qu’on a déjà rencontré dans la série sur les scientifiques dans la chanson (ici).

Quelques années plus tard, Renaud a d’ailleurs chipé à Évariste cette idée de dialogue avec une voix d’enfant imitée dans Pourquoi d’abord.

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Crève salope

Les chansons de Mai 2/9
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Peut-être la chanson la plus authentique de Mai 68 : Crève salope, de Renaud. Chanson mythique, écrite sur un coin de table, dans un amphi de la Sorbonne occupée. Renaud avait 15 ou 16 ans (comment savoir : il est né un 11 mai !). Crève salope a eu un succès immédiat mais n’a jamais été enregistrée en studio.

Témoignage de Renaud à son propos :

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Les anarchistes

Les chansons de Mai 1/9
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Voici la troisième de nos séries sur Mai 68. Dans les deux premières (ici puis ici), on a vu toutes sortes de chansons, évoquant tel courant social ou telle doctrine politique. Beaucoup d’entre elles datent d’ailleurs d’avant 68, ce qui montre bien qu’il y avait « quelque chose dans l’air ». Mais que chantait-on vraiment en mai 68 ? Quelles sont les chansons de mai ?

Je vous propose d’abord Les anarchistes, de Léo Ferré, sortie en 1969 sur l’album L’été 68. Sur Wikipedia, je lis : « Cette chanson est interprétée pour la première fois par Léo Ferré sur la scène de la Mutualité le 10 mai 1968, le soir de la première nuit des barricades au Quartier latin de Paris. » J’aurais bien aimé voir ça …

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Le chat de Nougaro

Le chat 7/7
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Claude Nougaro, a aussi chanté une chanson qui s’appelle Le chat. La musique est de Lalo Schifrin (connu par exemple pour le générique de Mission impossible, déjà passé ici). Profitez-en pour aller voir la série du blog consacré aux compositeurs de Nougaro, ici.

« Ramina quoi ? » demande Nougaro. Probablement Raminagrobis, nom inventé par Rabelais, et surnom donné au chat dans plusieurs fables de La Fontaine. Par exemple, dans Le chat, la belette, et le petit lapin.

Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis.
C’était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite,
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas.

Nous avons donc écouté au total six chansons dont le titre est Le chat : par Biscotte, Téléphone, Pow Wow, Léo Ferré, Georges Chelon et Claude Nougaro. Et encore, je me suis limité aux bonnes chansons. Pour en finir avec ces chatteries, ma vidéo de chat préférée, Le petit bout de la queue du chat par Les Frères Jacques.

Cette série a été initiée par Mathilde et Romain, internautes de Paris 10è, merci à eux.

Je vous recommande la page Wikipedia Chat dans la musique.

Et je vous avoue : les statistiques du premier billet de la série étaient bidons, comme noté par Christelle, internaute de Villeurbanne. Le moteur de recherche de la Sacem est tellement nul qu’il m’a compté « Chateaubriand », « Chatty », « Château », etc dans les chansons de chats. Chut, ne le répétez pas à mes lecteurs…

Aucun chat n’a été maltraité durant l’écriture de cette série.

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Le chat de Baudelaire

Le chat 6/7
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En préparation de la prochaine série sur Mai 68 (qui commence très bientôt, juste après les chats), je lance aujourd’hui un sondage : quel est le chanteur le plus « soixante-huitard » selon vous ? Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos chats.

Le plus beau portrait de chat, c’est bien sûr Le chat de Charles Baudelaire, titre commun à deux de ses poèmes (ici et ici). Il a aussi écrit Les chats, ici. Morceau choisi.

C’est l’esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?

Quand mes yeux, vers ce chat que j’aime
Tirés comme par un aimant
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même

Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

Je vous propose Le chat (deuxième version) de Baudelaire, mis en musique par Georges Chelon.

Léo Ferré s’y est aussi essayé (avec un peu moins de bonheur à mon humble avis).

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Le chat chez les classiques (Brassens et Rossini)

Le chat 5/7
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Georges Brassens a chanté les chats. Dans Brave Margot évidemment, ici chantée par Patachou.

Et dans P… de toi, déjà passée ici, où il donne la patte aux chats perdus jusqu’à ce qu’un félin frappe à sa porte. Je préfère Le testament, où les pires tourments sont promis aux fouetteurs de chats.

Qu’il boive mon vin, qu’il aime ma femme
Qu’il fume ma pipe et mon tabac
Mais que jamais – mort de mon âme
Jamais il ne fouette mes chats
Quoique je n’aie pas un atome
Une ombre de méchanceté
S’il fouette mes chats, y a un fantôme
Qui viendra le persécuter

Chanté par les Montain Men.

D’autres classiques que Brassens se sont attelés au chat. Nathalie Dessay et Camille chantent le Duo des chats de Gioachino Rossini.

Le même dans un scène très réussie du film La sentinelle d’Arnaud Desplechin.

Je vous propose aussi une composition de Camille (avec notamment des imitations intéressantes à la fin). Cats and dogs.

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