La Molvanie

Lieux possibles, impossibles et imaginaires de la chanson 4

La Molvanie, est un pays balkanique imaginé par le comique australien Santo Cilauro, pour les besoins d’un guide touristique parodique rempli de bonnes grosses blagues. Après la Syldavie et la Bordurie, inventées par Hergé. Ou encore la Poldévie, imaginée par des militants d’extrême-droite dans les années 1930 pour les besoins d’un canular, avant d’être intégrée au folklore de l’École normale supérieure. Et puis la Slovanie imaginée par Julien Donadille pour son roman Vie et œuvre de Constantin Erőd. Ah, les Balkans : « cet espace qui produit plus d’histoire qu’il n’en peut consommer » disait Winston Churchill. Et on nous en rajoute encore, merci.

La Syldavie et la Slovanie ont leur roi : Ottokar et Constantin, seul roi Rom d’Europe. La Bordurie a son dictateur, le maréchal Plekszy-Gladz. La Poldévie a un consul, qui apparait brièvement dans l’album de Tintin Le lotus bleu, et surtout un grand scientifique : Nicolas Bourbaki, pseudonyme d’un groupe de mathématiciens, adopté pour l’écriture d’un célèbre (et véritable) traité reprenant les mathématiques « à leur début ». J’aime bien cette expression, qu’est-ce que reprendre les mathématiques « à leur début » ? Beau sujet pour le bac philo, qui nous éloigne un peu de notre propos. La Molvanie est à ma connaissance la seule de toutes ces contrées imaginaires ayant un chanteur, Zladko Vladcik, plus connu sous le pseudonyme de « Zlad! ». On écoute son tube, Supersonic electronic.

Pfff, on t’a reconnu Santo Cilauro déguisé en Zlad!. Cette vidéo relève bien sûr d’une forme de racisme de basse intensité dont sont victimes les Balkans, de Monsieur Preskovitch, le voisin bulgare du Père Noël est une ordure jusqu’aux films de Kusturica qui forcent un peu le trait. Je vous propose une inspiration possible de Zlad!, une authentique chanson qui date de l’époque du programme spatial yougoslave.

Gordana Lana Adamov, Vanzemaljac

Au fait, les Français savent aussi faire des vidéos pseudo plouc des Balkans, mais moins bien que les Australiens, on est toujours le plouc de quelqu’un. Michael Youn, créateur du groupe parodique slovakistanais Bratisla Boys, Stach Stach

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Ménilmontant

Lieux possibles, impossibles et imaginaires de la chanson 2

Paris est bien sûr citée dans d’innombrables chansons. Mais l’un de ses quartiers a droit à un traitement d’honneur, sans commune mesure avec son rôle dans l’histoire ou la géographie de Paris : Ménilmontant.

Ménilmontant, moins beau que l’Ile Saint-Louis, moins de monuments que partout ailleurs, moins pittoresque que Montmartre, moins chic que Passy, moins bobo que le canal Saint-Martin, moins romantique que la place de Fürstenberg, moins dansant que la rue de Lappe, moins révolutionnaire que la Bastille, moins industrieux que le Faubourg Saint-Antoine. À rester dans ce coin populaire du nord-est de Paris, autant aller juste à côté, à Belleville, tout aussi cosmopolite, plus commerçant et plus vivant. Ou alors visiter le Père Lachaise tout proche, ou même un rien plus loin l’ancien village de Charonne, dont on devine encore le plan avant que Paris ne l’absorbe sans parvenir à le digérer tout à fait. Avec sa petite église au milieu, sa grande rue, sa gare désaffectée, son minuscule cimetière, tout enserré par la grande ville.

Du village de Charonne, descendez la rue de Bagnolet, puis la rue de Charonne, jusqu’au lointain métro Charonne, chargé d’histoire, même s’« ils sont pas lourds, en février, à se souvenir de Charonne » (Renaud, Hexagone). Car le métro Ménilmontant n’a rien de spécial. Il a pourtant manqué de très peu d’être la vedette de la plus grande catastrophe de toute l’histoire du métropolitain. L’épisode est bien oublié aujourd’hui : le 10 août 1903, il y a eu 84 morts lors de l’incendie accidentel d’une rame sur la ligne Nation – Porte Dauphine. La plupart sont morts asphyxiés dans les fumées à la station voisine de Ménilmontant : Couronnes. Lorsque j’étais enfant, les vieilles personnes en avaient encore la mémoire. Je me souviens d’une dame me racontant en roulant des yeux sinistres : la plupart qui sont morts, c’est parce qu’ils sont restés pour qu’on leur rembourse leur ticket.

Le rue de Ménilmontant est quelconque, à part sa pente peut-être. Dans le quartier, traînez plutôt rue Piat, rue des Envierges, passez par la place Henri Krasucki. Et puis parcourez à flanc de colline quelques rues à la nostalgie toute hydrographique : rue des Cascades, rue de la Mare, rue des Rigoles. Bref, Ménilmontant n’a rien de spécial. Ce n’est même pas l’une des onze communes annexées à Paris en 1860, tout au plus un hameau de la commune de Belleville, qui jouxtait autrefois Paris, entre celles de Charonne et La Villette.

Mais voilà : Mé – nil – mon – tant, 4 consonnes occlusives dont deux labiales, deux voyelles nasales : sonorités imbattables, encore mieux que New – York – New – York, Sa – tis – fac -tion ou San – Fran – sis – co. Bien trop commodes pour le parolier assoiffé d’occlusives, qui dans sa quête n’hésite pas à rebaptiser Paris « Paname » ! Et de chanson en chanson, Ménilmontant devient un mythe. Aristide Bruant, Belleville-Ménilmontant.

Je vous passe aussi Mimile (Un gars d’Ménilmontant), paroles de Jean Boyer, musique de Georges van Parys, grand succès de Maurice Chevalier. Sur la vidéo, prenez garde à la pochette du disque. Il y a un accordéoniste, un chanteur, et une fille qui vend les « petits format » : partitions des succès du moment, que les passants achetaient contre quelques sous pour les chanter.

En fait, Ménilmontant est le quartier natal de Maurice Chevalier, ce qui a contribué à sa popularité en chanson. Mais naître à Ménilmontant n’oblige pas à chanter Ménilmontant, parce que sinon, Michel Legrand aurait écrit Les parapluies de Ménilmontant et Les demoiselles de Ménilmontant, n’est-ce pas. Michel Legrand a toutefois enregistré avec Stéphane Grappelli une version de La marche de Ménilmontant, chanson de Maurice Chevalier composée par Charles Borel-Clerc, le compositeur de Ah ! Le petit vin blanc.

Avec les paroles.
https://www.youtube.com/watch?v=i3-fB9pgKSc

Vous avez entendu « Ménilmuche » ? C’est le surnom de « Ménilmontant » en « argomuche », une variante d’argot, qui viendrait de la Bastoche. Si l’on en croit Jean-Roger Caussimon du moins. Paris jadis.

Charles Trenet a écrit la chanson sur Ménilmontant la plus souvent reprise. Elle était au départ destinée à Maurice Chevalier, qui suite à une brouille avec Trenet ne l’a pas chantée. Ménilmontant, par Zoë Fromer.

Ménilmontant inspire les chanteurs jusqu’aujourd’hui. Bertrand Louis, Ménilmontant

Les demoiselles de Ménilmontant, par Elzef.

Une curiosité pour finir : La rue de Ménilmontant, de Camille. Chanson sur Ménilmontant (si l’on en croit le titre) qui n’utilise pas le mot « Ménilmontant » aux sonorités pourtant si commodes… Il est vrai qu’avec une pédale de si, on peut se passer de bien des artifices.

 

Aller, une dernière… Même Dalida, qui habitait pourtant Montmartre, se réclame de Ménilmontant ! Si, si, c’est vrai. Comme disait Mistinguett.

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Paimpol

Lieux possibles, impossibles et imaginaires de la chanson 1

Pour cette série, du neuf avec du vieux. Je suis retourné voir la 9è série du blog, et je l’ai trouvée mal fichue. Alors, je l’ai effacée, réécrite, étoffée, et je vous la ressers. Désolé pour le gout de réchauffé. On explore différents lieux marqués par des chansons : lieux réels, lieux inventés, lieux possibles ou impossibles.

Tout amateur de chanson associe tel lieu à telle chanson, et réciproquement. Pour moi, Arras, c’est la ville du soldat Bidasse, Tampico, c’est La chanson de Margaret, Vesoul c’est Brel. L’Amsterdam de Brel est presque plus réelle que la véritable. Et Broadway, c’est la Java of course. À moins que ça ne soit Meudon ? Je m’y perds. Rassurez-vous, je ne repasse pas La java de Broadway, je suis en cure de désintoxication. Aujourd’hui on va à Paimpol, avec sa célèbre Paimpolaise, chanson de Théodore Botrel. Par Anton Valéry.

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Bronzer au lait de coco : un art majeur

La chanson, art majeur ou art mineur V. Les nanards de la chanson, 11/11
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Avertissement : ce billet ne contient aucun poisson d’avril.

Pour conclure cette série, le clip le plus kitschissime de tous les temps. Maya, Elle bronzait au lait de coco. Fenêtre ouverte sur tant d’arts majeurs : la chorégraphie en paréo, la veste à frange… Les féministes apprécieront : pour une fois, les danseurs sont plus déshabillés que la danseuse. Merci à tous les artistes passés dans cette série, sans vous la chanson ne serait pas la chanson, tout juste un art majeur, pas grand chose.

Sur le blog La Pop d’Alexandre & Etienne, je lis :

Un petit air des îles, un petit air d’ici. Un petit air glamour et petit air de sax’. Maya nous berce au son tropical du funk neo-soul 80’s romantique, allant chercher le sublime dans le kitch, quelque part entre Michel Berger, Laurent Voulzy, Gilberto Gil et Gilbert Montagné. Les plus perspicaces y auront peut être reconnu la co-production de Christophe Laurent qui avait déjà sévi en 1985 sur le là encore très sud américain Nuits Brésiliennes.
Sorti en 1987 et déjà dépassé par une production typée début 80’s que l’on peut retrouver sur des morceaux de french funk comme Visa Pour Aimer de Plaisir sorti en 1984, le 2ème degré est un plaisir coupable dont la pochette en est le manifeste artifice. On y entend aussi des sonorités rappelant le disco funk japonais 80’s de Piper et leur génial album Summer Breeze, son aîné de 4 ans.

Pressé en 45 tours, il comporte deux faces comportant deux versions du même morceau sensiblement. Ce sera malheureusement le seul projet de Christophe Laurent estampillé Maya.

Je vous passe Nuits brésiliennes de Christophe Laurent du coup… On n’entend pas trop sa guitare, mais on le voit regarder son manche !

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La voiture de première main : un art majeur

La chanson, art majeur ou art mineur V. Les nanards de la chanson, 10/11
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Je craque pour les biscottos de Jean-Pierre François, qui préfère les voitures neuves, leur débrayage plus souple, leur accélérateur plus chatouilleux, tout ce genre de trucs qui carburent. Car comme le chantait Brigitte Bardot,

Quand je sens en chemin
Les trépidations de ma machine
Il me monte des désirs dans le creux de mes reins

Amateur de petites erreurs de tournage, regardez bien à 1:47, on voit la caméra qui se reflète dans la carrosserie chromée de la voiture. Cette information est une exclusivité du Jardin aux Chansons qui Bifurquent. Vous aimez ce genre de scoop ? Allez voir la chaine youtube Faux Raccord, les maîtres de l’art majeur « trouver des erreurs dans les films ».

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La reprise : un art majeur

La chanson, art majeur ou art mineur V. Les nanards de la chanson, 9/11
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Composer, écrire des chansons, voilà sûrement un art mineur : c’est Gainsbourg qui le dit. Mais les reprendre, leur apporter jeunesse, les magnifier, voilà un art majeur. Extrait de La musique et l’ineffable, de Vladimir Jankélévitch, philosophe et musicien :

Le créateur, l’exécutant qui est recréateur actif, l’auditeur qui est recréateur fictif participent tous les trois à une sorte d’opération magique : l’exécutant coopère avec le premier opérateur en faisant exister l’œuvre effectivement dans l’air vibrant pendant un certain laps de durée, et l’auditeur, recréateur tertiaire, coopère en imagination ou par des gestes naissants avec les deux premiers. Refaire, disions-nous, c’est faire, et le recommencement est parfois un vrai commencement […]
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La nuit, je mens, chanson d’Alain Bashung reprise par Cazoul. À force de l’écouter, je lui trouve quelques mérites, mon côté recréateur actif sans doute. D’ailleurs, pour une fois qu’une chanson parle de théorie des graphes (« voleur d’amphores au fond des cliques »).

Sinon, je me demande à quoi tient ce génie de la chanson pour le mauvais goût. Je dirais qu’entre tous les arts, la chanson est celui dans lequel on regarde l’artiste avant l’œuvre. C’est l’art de la sincérité, de l’identification par excellence. J’en tiens pour preuve l’hystérie des fans, phénomène qui concerne surtout la chanson (on y consacrera une série bientôt).

Autre indice : on juge souvent un chanteur sur l’authenticité du personnage qu’il incarne (encore une série en préparation). On reproche à Renaud de ne pas être un vrai loubard, à tel rappeur de ne pas venir d’une cité. Mais on congratule Daniel Guichard d’avoir vraiment perdu son père, qui était vraiment un prolo, Brel de vraiment avoir des problèmes avec les femmes, Barbara d’être vraiment amoureuse, d’avoir vraiment visité Göttingen, d’avoir vraiment perdu son père à Nantes, père qui avait vraiment abusé d’elle. Quand Sardou explique benoitement que dans Je suis pour, ce n’est pas lui mais son personnage qui défend la peine de mort, personne ne le croit. Probablement, lui-même n’y croit pas. On se félicite par contre que Brassens soit vraiment un bon bougre. Et Pierre Perret, qu’il soit peut-être un faux bon bougre, que son amitié avec Léautaud soit peut-être inventée, l’affaire est assez grave pour mériter une campagne de presse et un procès. Si vous ne connaissez pas cette étrange histoire, tapotez dans votre moteur de recherche préféré, vous verrez.

Mais savoir si Louis de Funès est vraiment colérique, Chaplin vraiment un vagabond, etc., tout le monde s’en fout. Au contraire, on mesure le talent de l’acteur au nombre de kilos qu’il prend ou qu’il perd pour n’être plus lui-même et coller à son personnage, on félicite Bruno Ganz pour incarner son contraire (Hitler dans La chute), on admire Peter Sellers qui dans Docteur Folamour est successivement un savant nazi, un colonel british et un président des états-unis falot, on adore Sabine Azéma et Pierre Arditi qui interprètent tous les personnages de Smoking, no smoking, etc.  Je ne parle même pas des cantatrices, des mimes, des imitateurs, des marionnettistes, …

Le chanteur de chansons, c’est le seul dont on exige qu’il soit lui-même. Tout lui sera alors pardonné, il peut chanter faux, mal jouer de la guitare, écrire des paroles con-con et des musiques simplettes. Mais s’il fait du kitsch ou du bidon, on l’entend comme une part essentielle de sa personne. Et de la notre, car dans l’offense au bon goût du chanteur, notre complicité de « recréateur tertiaire » (cf Jankélévitch au début du billet) est requise. Dans le vague karaoké permanent, le casque sur les oreilles ou dans sa voiture, l’amateur de chansons n’entend pas la chanson-hon comme il jetterait un œil distrait sur un bibelot kitch.

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Le cri de Tarzan : un art majeur

La chanson, art majeur ou art mineur V. Les nanards de la chanson, 8/11
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La chanson est un art mineur, d’accord. Mais le cri de Tarzan, c’est un art majeur. Philippe Pujolle y excellait, battant régulièrement le record du cri de Tarzan le plus long. Sur le site de l’INA, ici.

Philippe Pujolle a aussi fait de la chanson, gloire à lui. Super Gringalet, du super lourd. Tous les cris d’animaux sont de son cru.

Le compositeur de la chanson s’appelle Éric Naudet. On lui doit de nombreuses publicités.

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L’art majeur du règlement de compte

La chanson, art majeur ou art mineur V. Les nanards de la chanson, 7/11
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La chanson, c’est un art mineur d’accord. Mais le règlement de compte, c’est un art majeur. Merci monsieur Francky Vincent pour cette belle chanson et toutes ses délicatesses d’expression. Le Restaurant (bande de malpropre).

Toutes mes excuses à Francky Vincent pour avoir mal orthographié son prénom dans des billets précédents, c’est corrigé. Sinon, Je ne sais pas où caser cette citation, ça ira très bien dans ce billet puisqu’il y a déjà des gros mots. Extrait de Mylène Farmer : une grande astronaute, de Yannik Provost.

La chanson est une compagne merveilleuse, je suis passionnée par la musique et ses mots. Elle est pour moi ce que le sang est à Dracula : entendez par là que musique et chanson sont deux éléments indispensables dans mon existence. Je ne peux pas m’en passer. Gainsbourg disait que « la chanson est un art mineur ». D’ailleurs il a rectifié sa déclaration par la suite en affirmant : « les arts mineurs sont en train d’enculer les arts majeurs ».

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La chorégraphie : un art majeur

La chanson, art majeur ou art mineur V. Les nanards de la chanson, 6/11
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La chanson est un art mineur, d’accord. Mais la chorégraphie, ça c’est un art majeur. Et que dire de l’art du costume ? Paloma blanca, par Georgie Dann (un chanteur français qui a fait toute sa carrière en Espagne, je ne parle pas espagnol, mais je pense qu’on entend un peu son accent français, encore un art majeur).

J’ai pas bien compris les paroles, j’ai l’impression que c’est une histoire de guano, (voir à 0:37 sur la vidéo, le geste du chanteur est assez clair).

guanoTintin2

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