L’Espagne de Brel

Petite géopolitique de Jacques Brel 7/13
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On a vu dans les derniers posts le Nord, ou plutôt les Nords de Brel. Le Sud lui aussi se partage en plusieurs régions. D’abord, l’Espagne, une civilisation incarnée et romantique. La bière, chanson où s’entremêlent tous les Nords de Brel, déjà mentionnée dans le post précédent, se conclut par :

Mais l’alcool est blond,
Le diable est à nous,
Les gens sans Espagne
Ont besoin des deux
On fait des montagnes
Avec ce qu’on peut.

L’Espagne, voilà donc l’ingrédient qui manque au Nord pour être civilisé. L’Espagne de Brel est sauvage et farouche, c’est l’Espagne de Don Quichotte que Brel a interprété dans une comédie musicale, ou celle des poèmes de Victor Hugo mis en musique par Brassens (Gastsibelza et La légende la nonne déjà passée ici).  Cet imaginaire est donc assez ancien, et on notera qu’il était moqué dès le XIXè siècle ! Dans l’Éducation sentimentale, Flaubert raconte la vie du dernier romantique (avant l’avénement de Brel ?), Frédéric Moreau, imbibé de toutes sortes de poncifs de son siècle : « À propos d’Ozaï, un ballet nouveau, il [Hussonet, ami de Frédéric] fit une sortie à fond contre la danse, et, à propos de la danse, contre l’Opéra ; puis, à propos de l’Opéra, contre les Italiens, remplacés, maintenant, par une troupe d’acteurs espagnols, « comme si l’on n’était pas rassasié des Castilles ! » Frédéric fut choqué dans son amour romantique de l’Espagne ». On verra bientôt que Brel lui-même n’est pas exempt d’autodérision lorsqu’il évoque son « amour romantique de l’Espagne ». Hugo lui-même n’aimait-il pas marier le sublime au grotesque ?

Dans Jef, qu’on a déjà vu à propos de l’Amérique, il suffit d’allumer sa guitare pour être « Espagnol », c’est-à-dire libre, beau, maître de son destin, à une place habituellement occupée par le gitan dans la chanson française (voir la série sur les roms, ici). Mais Brel rajoute son grain de sel et un peu d’autodérision, car son Espagnol est « beau et con à la fois » comme il dit dans Jacky, chanson où il prend l’accent espagnol pour dire « mi corazon ».  Dans Knokke-Le-Zoute Tango (véritable délire géographique), il en rajoute encore :

Les soirs où je suis espagnol,
Petites fesses, grande bagnole,
Elles passent toutes à la casserole.

Quel poète… et quelle efficacité : un espagnol à petite fesse, on voit tout de suite un toréador cambré dans une arène (« acrobates avec leurs costumes de papier » comme dit Cabrel) ! Je suppose que dans la casserole ou la bagnole, les petites fesses s’agitent au rythme du flamenco…

On pourrait parler de l’Argentine, sorte de Sud-Ouest, Amérique de l’Espagnol, présente dans Jacky et Knokke-Le-Zoute Tango, mais elle est un peu secondaire. Notons que L’Espagne est parfois simplement suggérée par une musique qui emprunte au flamenco, comme dans Regarde bien petit, ou dans Vivre debout.

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5 commentaires sur “L’Espagne de Brel

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