Tapin, métro, boulot, dodo

Putain de métier 8/11
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Le mélange d’esthétiques big band, réalistes et fantaisistes, donne quelques résultats curieux et assez plaisants au tout début des années 1980. Tapin, métro boulot, dodo, par le Grand Orchestre du Splendid.

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Yannick Owen & Laurélai Brunelle en concert

Aujourd’hui, c’est mercredi. On fait quoi ce week-end ?
Les annonces du mercredi

Ce week-end, vous pouvez vous essayer à une ambiance folk, avec la belle guitare de Yannick Owen et la belle voix de Laurélai Brunelle, en concert co-plateau à AlternatiBar, 126 montée de la Grande Côte, Lyon 1er. C’est vendredi 9 juin 2017, accueil apéritif à partir de 18h30, concert à 20h30.

 

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Hop la

Putain de métier 7/11
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Hypothèse hardie et rabâchée : une des raisons du grand nombre de personnages de prostituées évoqués par les chanteurs est la proximité entre les deux métiers. C’est dit presque explicitement au début de L’accordéoniste, où à la fin de sa journée de travail, notre professionnelle passe de vendeuse à acheteuse :

Quand son boulot s’achève
Elle s’en va à son tour
Chercher un peu de rêve
Dans un bal du faubourg

Effectivement, prostituées et chanteurs partagent beaucoup : métier qui ne produit rien, qui vend du plaisir, métier de la rue devenu métier de l’internet. Ils offrent rêve, fantasmes, amour. Toutes ces chansons sur les putains ne sont-elles pas des autofictions ?

Barbara dans son autobiographie, Il était un piano noir, Mémoires interrompus, raconte une expérience vécue quand elle avait 20 ans, après plusieurs semaines d’errance à Bruxelles en quête d’un engagement comme chanteuse :

Un soir, je descends dans la rue pour me prostituer. Ce n’est pas le malheur, le grand malheur; mais c’est un grand chagrin.

Pour de l’argent, pour manger ou pour élever un enfant, par amour pour un « mec », pour payer sa « dope », rarement par vice, c’est ainsi que ça commence.

Ce métier là, j’aurais aimé le faire comme un sacerdoce, un vrai don de soi. Donner de l’amour. Je l’ai écris : je suis une petite sœur d’amour, hop la ! … Être petite sœur d’amour, chanter, prendre le voile, tout ça, c’est du pareil au même. Sauf que chanter, monter sur scène en pleine lumière, revêtue de son habit de scène, c’est faire montre d’un grand égocentrisme et d’une belle indécence.

Vous avez remarqué, encore une chanson qui nous parle de Verlaine… Retournez donc voir la série consacré à cet étrange phénomène, ici.

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Aldonza

Putain de métier 6/11
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On l’a vu dans les premiers posts de la série, la putain occupe une place de choix dans la chanson réaliste, et la Complainte de filles de joie vient clore (symboliquement) cette période. Mais les personnages de prostituées sont bien sûr présents dans toutes sortes de chansons. Dans son adaptation d’une comédie musicale américaine sur Don Quichotte, L’Homme de la Mancha, Jacques Brel nous dresse un portrait expressionniste d’Aldonza, fille de mauvaise vie que Don Quichotte prend pour sa Dulcinée. Aldonza, par Joan Diener.

La technique lyrique impressionnante de Joan Diener (il parait qu’elle pouvait chanter sur trois octaves et demi) ne sert pas toujours au mieux le texte, d’autant qu’elle ne parlait pas un mot de français. On peut trouver quelques reprises sur le web qui permettent de mieux suivre les paroles, par exemple ici par Valérie Campo.

Sur le site de Closer, je lis (mais je l’avais déjà lu dans Télérama !) ce témoignage de Johnny Hallyday sur Jacques Brel :

Brel adorait aller dans les bars à fille. Il connaissait tous les bars et toutes les prostituées des villes de province. Il ne faisait jamais rien avec elles, il était juste leur pote et elles, ses amies. Il leur offrait le champagne à toutes et refaisait le monde avec elles jusqu’à 5 heures du matin

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La complainte des filles de joie

Putain de métier 5/11
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En 1961, petit tremblement de terre dans la chanson : La complainte des filles de joie, de Brassens, hymne aux accents presque syndicalistes, ce qui est assez inhabituel chez le bon Georges. La rupture opérée par cette chanson est assez subtile. Car personne n’a attendu Brassens pour découvrir les tourments de la prostituée, dont la chanson réaliste ne cachait d’ailleurs rien, on l’a vu. Mais elle les mettait en scène dans l’univers pittoresque de la zone et des apaches, qui faisait le délice du bourgeois s’encanaillant aux concerts de Bruant (avant d’aller finir sa soirée au claque peut-être ?).

Réécoutez bien les quatre premières chansons de la série : la souffrance de la putain est belle comme une image pieuse teintée d’un zeste de Bovarysme dans L’accordéoniste, pleine de fantaisie et de légèreté dans Prospère et de misérabilisme dans Pauvre Pierreuse. Dans Cayenne, elle participe de la noblesse de la révolte sociale. Bref, elle est à chaque fois à une place, elle sert toujours à quelque chose ou à quelqu’un, elle est prostituée pourrait-on dire. Chez Brassens, la vie de la putain est donnée toute crue pour ce qu’elle est, dans une écriture simple et dénuée de jugement, de complaisance ou de voyeurisme. La chanson est d’ailleurs souvent reprise par des femmes, on l’a déjà noté dans la série masculin/féminin, ici.

Sur le site Analyse Brassens, on lit :

Le 16 juin 1976 le collectif des prostituées de Paris adresse à Georges Brassens la lettre suivante :
« Cher Georges Brassens,
Nous les Putains vous disons merci pour vos si belles chansons qui nous aident à vivre. Malheureusement nous n’avons eu votre adresse que très tard. Voici une invitation. Nous vous embrassons toutes.
Vos Copines du Collectif de tout cœur avec vous toujours. »

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Yop’la boom

Putain de métier 4/11
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Le chanteur, tout comme la prostituée, doit aguicher le client. Rien de tel qu’un bon petit « hook ». Si j’en crois wikipedia : « Un hook (crochet) est un procédé musical, souvent un court riff, un passage ou une phrase, utilisé dans la musique populaire pour capter l’attention de l’auditeur. » Le hook est le plus souvent rythmique et/ou mélodique. Il peut être instrumental, mais lorsqu’il est pris en charge par le chanteur, il marchera d’autant mieux qu’il fera usage de syllabes régressives : « yop’la », ou « boum » par exemple. Si vous arrivez à caser les deux à la suite, c’est encore mieux. Prospère, par Maurice Chevalier.

Comme pour L’accordéoniste, la musique, et le hook donc, font oublier la violence des paroles. À tel point que les publicitaires n’ont pas hésité à reprendre la chanson pour vendre une marque de pain d’épice à nos chers petits enfants !

Vous pouvez vous amusez à collectionner les chansons avec « boum » (et transmettez-les moi, je ferai une série sur le sujet) : Boum de Trenet, Boum, Boum, Boum de Mika, Les Playboys de Jacques Dutronc, Comme un boomerang de Gainsbourg. En tirant un peu, il y a aussi Bim Bom de João Gilberto. Et puis une qui est déjà passée dans le blog…  Qui saura la retrouver ? C’est la petite devinette du jour. Un indice : réécoutez tout depuis le début, vous la retrouverez à coup sûr.

Sinon, merci à NP, internaute de Lyon 6è et plus fidèle commentatrice du blog, pour m’avoir signalé une erreur au début de la série : en fait Sanseverino chante bien le dernier couplet de Cayenne, je vais corriger ça. Et dans la série sur Brassens, je pointais vers une vidéo de Philippe Jaroussky chantant Gastibelza. La vidéo a été retiré de YouTube, je n’y peux rien…

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Loùm en concert

Aujourd’hui, c’est mercredi. On fait quoi ce week-end ?
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Comme (presque) tous les mercredis, on interrompt la série en cours pour annoncer un concert le week-end qui vient. En général pour un concert à Lyon, mais je réfléchis à étendre le concept…

Donc, ce vendredi 2 juin 2017 à 20h30, je vous suggère d’aller écouter Loùm, tout jeune groupe vocal lyonnais, qui propose de belles polyphonies, très variées et bien réglées. Loùm est déjà passé sur le blog, dans la série sur les gitans (ici). Et puis j’ai déjà annoncé des concerts de certains de ses membres en solo (Anissa, ici et Alex Dandló, ici). Cette fois, c’est au KoToPo, près des Terreaux, 14 rue Leynaud Lyon 1er. Je ne sais pas s’il est possible de réserver, tentez votre chance au 04 72 07 75 49 ou sur leur page web.

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L’accordéoniste

Putain de métier 3/11
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On écoute aujourd’hui L’accordéoniste. C’est peut-être la chanson de l’époque réaliste la plus connue et reprise aujourd’hui. Elle aborde un sujet universel : la fascination pour la musique. On en oublierait presque qu’elle raconte l’histoire tragique d’une prostituée. La musique très malléable a un beau potentiel, révélé par l’arrangement jazzy des Glossy Sisters.

Je vous passe aussi l’original par Edith Piaf, qui fait son entrée dans le blog aujourd’hui. Et oui, chaque fois qu’un grand de la chanson fait une entrée tardive dans le blog, je vous fais le coup : scandale, c’est au N-ième post que gnagnagna, honte à moi, j’aurais dû le mettre plus tôt, je me contris, je me flagelle. J’ai fait ça pour Barbara, Reggiani, Bruant, Souchon, Cabrel, etc, on connait la chanson quoi…

Pour en savoir plus sur les Glossy Sisters, c’est là :


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La pierreuse

Putain de métier 2/11
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Dans « Chanson sociale et chanson réaliste », de Catherine Dutheil Pessin, in Cités, numéro 19, dossier Que dit la chanson ? on lit :

Eugénie Buffet est au café-concert créatrice de la « pierreuse », un genre mettant en scène un type social : la prostituée de bas-étage, des boulevards, et des fortifications. Pour mieux s’imprégner de leurs manières, elle les a longuement fréquentées ; elle parait sur scène dans le costume des gigolettes, et chante d’une voix franche, chaude et sans effet recherché les goualantes de Bruant et les complaintes ou vieux refrains populaires.

Je n’ai pas trouvé d’enregistrement de chansons d’Eugénie Buffet de son époque « pierreuse ».  Mais à son répertoire, il y avait Pauvre pierreuse, chanson de 1893, paroles de Paul Rosario, musique de Georges Marietti, interprétée ici par Michèle Bernard.

Pour en savoir plus, un très beau site sur Paris, ici. Dans son autobiographie, Eugénie Buffet raconte sa première expérience de concert à Marseille lorsqu’elle avait 20 ans.

À peine eus‐je ouvert la bouche et émis la première phrase de ma chanson qu’une tempête de sarcasmes, de colère hilare, s’éleva des fauteuils, déferlant à droite et à gauche, montant jusqu’aux cintres, gagnant les balcons. Le Chef d’orchestre Trave criait : au feu ! en se penchant vers moi ; le public continuait de hurler, de rire et de siffler. Je demeurais grelottante comme une mendiante sous l’averse. J’étais vraiment digne d’inspirer pitié, et cependant, si grande est, en ces circonstances, la cruauté communicative des foules, que je ne parvenais, dans ma confusion et dans ma honte, qu’à augmenter la folie des rires et la frénésie insolente des hurlements. Alors désemparée, saisie de peur et sentant les larmes gonfler ma poitrine, je m’enfuis tout à coup hors de la scène, et, entrant dans ma loge, – notre loge commune car elle abritait plusieurs pensionnaires – je m’effondrai sur une chaise et j’éclatai en sanglots ! Je repoussais du bras, avec une lenteur farouche, les mains insinuantes et trop tendrement caresseuses de l’entremetteur «Batistine» que l’on avait surnommé la bouquetière.
Ce personnage équivoque, prostitué du sexe mâle, était célèbre par la nature des services qu’il rendait auprès des vieux messieurs avides de stupre et des jolies femmes avides d’argent ! Ah ! le sinistre Batistine, avec quelle hypocrite pitié il se penchait sur ma détresse, glissant, entre deux paroles apitoyées, prononcées d’une voix grasse et molle, le nom d’un adorateur, la carte d’un type chic m’invitant à souper, et, après avoir essuyé, du coin d’un mouchoir qui sentait la crasse et le patchouli, mes yeux enflés par les larmes, avec quelle insistance rusée, il me montrait les fleurs offertes à ma tentation : «Tiens, ma petite, regarde tous ces hommes, comme ils sont gentils.» Ah ! je n’avais plus la force, je n’avais plus le courage de retrouver les mots qu’il fallait pour cravacher, comme il l’eut mérité, cet être assez vil pour profiter de ma misère et de mon désespoir. Si j’avais pu, je lui eusse crié, indignée : «Canaille que tu es ! tu viens me parler de la bonté des hommes, quand tu sais que la seule consolation qu’ils viennent m’offrir, c’est de coucher avec eux. Tu es plus lâche qu’eux, car eux, ils payent, tandis que toi, tu spécules ! Tu es plus sale, plus abject que ceux dont tu sers les passions et les vices !»

Et puis pour quand même entendre Eugénie Buffet, écoutez la vidéo suivante. Elle y parle d’un autre métier des rues : chanteuse (on reparle très bientôt de cette proximité…).

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Cayenne

Putain de métier 1/11
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Le jardin a déjà exploré l’image de divers groupes sociaux dans la chanson. Tout d’abord les Roms (ici), groupe le plus discriminé en France et en Europe. Leur image dans la chanson est pourtant excellente : les chansons vantant tel Gitan ou tel Manouche sont légion, à tel point que Le Gitan est devenu une sorte de personnage conventionnel qui permet d’évoquer beaucoup en peu de mots : liberté farouche, amitié, générosité, honneur, etc. Nous avons aussi évoqué les scientifiques, catégorie sociale parmi les plus favorisées, et dont l’image dans la chanson est presque systématiquement négative, voir ici. La chanson serait donc l’art d’inverser la réalité ? Miroir, contre-pied, contre-poids, le paradoxe est vieux comme la chanson réaliste.

Qu’en est-il de l’image de la prostituée dans la chanson ? C’est le thème de la série qui démarre aujourd’hui, et les chansons ne manquent pas. Encore une fois, on va voir que le lien avec la réalité est parfois distendu. Mais à la différence des Roms et des scientifiques dont l’image dans la chanson est nette et univoque, la situation est complexe : la chanson met en scène un véritable débat sur les prostituées. Sont-elles « filles de joie » vouées aux délices de l’amour, ou esclaves honteusement exploitées ? Le bordel est-il un lieu d’exotisme, d’abattage ou de raffinement ? Doit-on le regretter, voire même le célébrer comme lieu de haute culture (on a déjà passé une chanson là-dessus : Nos chères maisons, par Juliette Gréco, ici) ?

Pour commencer notre étude, on part des racines de la chanson réaliste, avec Cayenne, une chanson de Bruant qui raconte la vie d’un maquereau. La putain y est bien présente avec une image assez nette : elle est la compagne de l’Apache, en butte comme lui au mépris du « richard » en particulier et de la Société en général. Je vous en passe une reprise rock-punk par le groupe Parabellum.

Une version que j’aime bien, très punk aussi, par Sanseverino, qui se prend pour Jimi Hendrix le temps d’un mini-pont…

Parabellum omet le dernier couplet :

Sur la tombe on lira
Cette glorieuse phrase
Écrite par des truands
D’une très haute classe
Honneur à la putain
Qui m’a donné sa main
Si je n’étais pas mort
Je te baiserais encore !

Sinon, vous avez remarqué que Nina est la « reine des morue de la plaine Saint-Denis » ? Les parisiens s’attendraient plutôt à la rue Saint-Denis, haut lieu de prostitution. Mais vérification faite, c’est bien la plaine Saint-Denis, un quartier de la banlieue nord de Paris où on a construit le Stade de France et où on tourne des émissions de télé comme Loft Story, rien à voir avec la prostitution donc.  Le « petit cimetière près de la rue Saint-Martin », on le cherche encore.

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