En fait, ce que je préfère devant la Halle Tony Garnier, ce sont les jours de starlette ou de boys band coréen, que des fois même mes enfants ne connaissent pas, bref de ces machins qui attirent un public pré-adolescent de fans hystériques, puis qui sont oubliés trois mois plus tard. N’en déplaise à Paulette, je pose alors systématiquement le pied à terre pour demander le nom du groupe et le noter en arrivant au bureau. Puis arrivé au bureau, je l’ai déjà oublié, alors je ne vais pas aller sur le site web de la Halle sur mon temps de travail.
Dans l’impossibilité de retenir le nom d’un seul boys band coréen, je vous passe mon boys band préféré. Le poinçonneur des Lilas, par les Frères Jacques, transition idéale vers la série d’été.
Bonnes vacances donc !! Si j’ai le temps, je prépare une série d’été sur Gainsbourg, et les séries thématiques reprennent en septembre, avec un qui courra tout au long de l’année : Quand la chanson parle de chanson.
Le seul chanteur que je suis allé voir à la Halle Tony Garnier, c’est Renaud. Il n’avait plus du tout de voix, mais le public chantait à sa place toutes ses chansons apprises par cœur. J’ai remarqué un truc dans dans Dès que le vent soufflera. À deux reprises dans la chanson, il y a une modulation, c’est-à-dire que la ligne mélodique est décalée d’un demi-ton vers l’aigu, procédé classique en chanson pour donner un peu d’intensité.
À la guitare, c’est assez malcommode, parce qu’on a essentiellement trois choix. Premier choix : complètement changer les positions des accords ce qui est ennuyeux à mémoriser et peut faire sonner différemment l’accompagnement d’un couplet à l’autre. Deuxième choix : garder les mêmes positions, mais les décaler d’une case vers la droite. Les cordes à vide produisent alors des fausses notes, qu’il faut corriger en écrasant tout le manche avec son index, ce qu’on appelle un accord barré, qui produit à la longue une crampe insupportable à la main gauche. Reste la troisième solution, interdite par tous les profs de guitare : utiliser un « capodastre », petit gadget qui écrase les cordes de la guitare à la place de l’index de l’accord barré. La solution est généralement impraticable, parce qu’il faut s’arrêter de jouer pour poser ou bouger le capo. J’ai pourtant eu la surprise de voir Renaud tranquillement bouger son capo en pleine chanson. Il faut dire qu’il a tout un bastringue de super musiciens derrière, alors il peut s’arrêter de jouer deux secondes, ça ne se remarque même pas. On se demande même si c’est bien sa guitare qu’on entend.
Regardez sur la vidéo d’un vieux concert :
Vers 00:30, Renaud ajuste son capo. À ce stade, il est juste rangé au bout du manche, prêt à bondir, il ne sert encore à rien (enfin pour ce qu’en je vois).
Vers 1:45, commence la progression d’accords qui prépare la première modulation, qui a lieu au début du troisième couplet vers 1:50. J’ai l’impression que le capo n’a pas bougé, je pense que Renaud a changé ses positions, mais c’est difficile à voir.
Vers 3:00, deuxième modulation avant le cinquième couplet. Et là, regardez-bien, le capo a bougé sur la deuxième case du manche ! Hélas, le montage ne montre pas comment.
Avis aux Tintinophiles : regardez le nom du bateau sur la vidéo, c’est le Karaboudjan, le bateau commandé par le capitaine Haddock dans le Crabe aux pinces d’or.
Une fois, devant la Halle Tony Garnier, je suis tombé sur quelques gars sans âge, tatoués, avec des Kronenbourg, un air de grande gentillesse et une tête à avoir fait des conneries plus jeunes. C’était pour Johnny bien sûr. Ma gueule.
Sinon, j’ai déjà fait une série sur le plagiat en chanson, et en me documentant pour ce billet, j’ai trouvé ça sur Wikipedia :
Les droits d’auteurs de la chanson [Ma gueule] sont contestés devant les tribunaux. Pierre Naçabal, crédité en 1979 comme compositeur du titre, encouragé par son succès retentissant, comptant sur ses droits à venir, achète une maison. Mais il est poursuivi en justice pour plagiat par Philippe Bretonnière en raison de la ressemblance de la musique de Ma gueule avec une composition de ce dernier déposée à la Sacem en 1976. Alors que ses droits sont bloqués et avant même que la justice ne se soit prononcée, Pierre Naçabal se suicide.
En juin 1990, la justice rétablit Philippe Bretonnière dans ses droits et depuis, sur les disques incluant la chanson, c’est lui qui est désormais crédité comme compositeur de la célèbre chanson. Les rééditions à venir des disques antérieurs à cette décision, retiennent désormais les noms de Gilles Thibaut et Philippe Bretonnière, par exemple dans l’album live de 1979 Pavillon de Paris : Porte de Pantin, réédité en CD en 2003, sous la référence 077 195-213.
Réponse à l’énigme du billet précédent : l’artiste qui a fait la balance la plus bruyante de ces dernières décennies à la Halle Tony Garnier, le seul qui se soit approché des harmoniques déstructurantes du gaffophone, c’est JuL, le rappeur marseillais désyntaxifié. Alors la zone.
Voici la dernière série avant l’été. Les mois de confinement m’ont plongé dans la nostalgie des trajets quotidiens domicile-travail à vélo : de Villeurbanne au quartier de Gerland, tout au sud de Lyon, avec un passage devant la Halle Tony Garnier, haut lieu de la boucherie en gros reconverti en salle de spectacle. Je gardais un œil sur la programmation affichée sur le bâtiment et j’observais le public, si différent d’un artiste à l’autre. À l’occasion, j’échangeais même quelques mots avec des spectateurs, qui attendaient parfois dès le matin pour être sûrs d’être au premier rang.
Une fois, dans une sorte de contre-allée, j’ai vu deux campeuses. Je leur ai demandé si elles attendaient un spectacle, et elle m’ont que oui. Qui ? Mylène Farmer. Mais elle passe dans quatre jours ? Oui, et alors. J’ai dû faire une tête qui montrait mal mon admiration pour une si belle ferveur, parce que quand j’ai ré-enfourché ma bicyclette, elle m’ont dit : « regarde bien la télé ». Pfff, comme si je regardais la télé moi (bon, j’avoue, j’ai un faible pour les Marseillais à Dubaï).
Ainsi soit-je.
Pour aller plus loin dans la découverte de Mylène Farmer, je vous conseille l’écoute de la longue interview de son pianiste et arrangeur Yvan Cassar, qu’on aperçoit sur la vidéo. Par Benoit Duteurtre sur le site d’Étonnez-moi Benoît.
Pour aller encore plus loin, je vous livre cette énigme orthographique parfaitement insoluble. Faut-il écrire « ainsi soit-je » ou « ainsi sois-je » ? Adressez vos réclamations directement au fan-club de Mylène Farmer.
Une authentique énigme avant le prochain billet. La Halle Tony Garnier est très près de mon bureau. J’entends donc parfois les artistes faire leur balance avant le spectacle. Depuis 10 ans, lequel remporte le prix de la balance la plus abominablement bruyante ? J’ai vérifié auprès de collègues, tout le monde est d’accord.
Pour conclure la série, Delphine Seyrig, doublée à la voix par Christiane Legrand, nous chante les Conseils de la Fée des lilas. Musique de Michel Legrand, paroles de Jacques Demy.
L’histoire du viol de Barbara par son père est bien connue depuis qu’elle l’a révélée dans ses mémoires posthumes Il était un piano noir. Rétrospectivement, on peut voir que toute son œuvre est traversée par cette tragédie. Je vous propose cinq de ses chansons.