Pan sur le bec

Les scientifiques dans la chanson 1/12
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On s’intéresse à partir d’aujourd’hui à l’image des scientifiques dans la chanson. Les fidèles du blog se rappellent notre série sur les Roms (ici), victimes de bien des préjugés dans la vraie vie, mais dont l’image dans la chanson est très positive. Avec les scientifiques, c’est tout le contraire : ils jouissent d’une bonne image (pour vous en convaincre, quand on vous demande ce que vous faites, présentez-vous comme scientifique, ou comme chercheur, vous verrez, l’accueil est très bon). Mais dans les chansons, c’est le désastre, on va en voir quelques exemples dans cette longue série de posts.  Je vous donne d’ailleurs un peu de travail : essayez donc de trouver une chanson qui donne une bonne image des scientifiques. Je me casse la tête depuis des jours, je n’ai rien trouvé (NP, de Lyon 6è, une des suiveuses les plus fidèles de ce blog m’en a dégoté une assez bizarre, je vous la présenterai dans quelques jours).

On commence par une chanson de Georges Brassens, Le grand Pan. Écoutez bien les paroles, les scientifiques y sont accusés de déicide, rien de moins (l’histoire a d’ailleurs montré que c’est un crime pour lequel on prend assez cher et où il n’y a pas de prescription, mais passons). Observons que Brassens connaissait bien mal la cosmologie de son temps : accuser la science de « frapper les cieux d’alignement » en plein siècle d’Albert Einstein, du Big Bang et de l’univers courbe, c’est assez injuste. Mais la chanson est belle, et que ne lui pardonnerait-on…

Petit avis aux exégètes de Brassens, gratteurs de guitare et autres chanteurs en herbe : dans l’édition des œuvres complètes de Brassens au Seuil, Le grand Pan est la chanson qui a la plus longue partition : allez hop, au boulot. Et puis écoutez L’Ancêtre, du même Brassens : ces scientifiques que sont les carabins en prennent pour leur grade.

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Marquise

Michel Berger et Véronique Sanson 5bis/7
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On abandonne Michel et Véronique juste pour aujourd’hui, afin de donner la réponse à la dernière énigme. On retrouve nos amoureux demain. Bravo à Nathalie et NP qui ont donné la solution, et merci à Mathilde pour ses suggestions. Rappel, on cherchait une chanson dont les paroles sont écrites par deux auteurs ayant chacun écrit une partie bien distincte et identifiable, comme Message Personnel, voir ici.

Mathilde nous propose La dame Brune, et a été jusqu’à vérifier sur le site web de la SACEM que les paroles sont bien écrites par Barbara et Georges Moustaki. Beau professionnalisme (il n’y a plus qu’à mettre tout ça dans les commentaires du blog pour faire buzzer le schmilblik). Toutefois, bien que la chanson soit écrite comme un dialogue, il n’est pas certain que chaque auteur ait écrit sa propre partie. Ou alors, on pourrait citer Vieille canaille, par Serge Gainsbourg et Eddy Mitchell sinon… Peut-être quelqu’un peut-il apporter une preuve irréfutable dans un sens ou l’autre ?

Ma solution (trouvée par Nathalie et NP donc) est Marquise, une mise en musique par Georges Brassens de stances de Corneille, suivi d’une réponse de Tristan Bernard, écoutez bien, vous saurez facilement qui a écrit quoi !

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Bien qu’on ne se l’avouât pas

Imparfait du subjonctif 5/5
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Voilà l’heure tant attendue de la solution. En fait, contrairement à ce que j’ai dit un peu imprudemment, Brassens a souvent utilisé l’imparfait du subjonctif, merci à tous les suiveurs de ce blog pour leurs trouvailles, en particulier à Nathalie, maître incontestée de cette exégèse bien futile : Le grand chêne, La complainte de filles de joie, Supplique pour être enterré sur la plage de Sète, Stances à un cambrioleur. Je vous laisse les écouter si ça vous chante.

Personne n’a pensé à ma solution, ce dont on déduira par un petit raisonnement bayésien qu’il y en a probablement quelques autres. Comme imparfait du subjonctif sous la plume de Brassens, je propose donc Maman Papa, chantée en duo avec Patachou, sur un arrangement jazzy de l’orchestre de Léo Clarens. Il paraît que c’est la première chanson écrite par Brassens (source de cette info : ici).

Papa, papa, il n’y eut pas entre nous,
Papa, papa, de tendresse ou de mots doux,
Pourtant on s’aimait, bien qu’on ne se l’avouât pas,
Papa, papa, papa, papa.

Cette série vous a plu ? On en reparle :
De peur que des rôdeurs n’emportassent le reste

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Voulait-on que Charles et Georges chantassent ?

Imparfait du subjonctif 2/5
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L’imparfait du subjonctif, c’est beau, on l’a vu dans le dernier post. Du reste, il s’emploie entre gens bien, et son énonciation ne sert pas qu’à énoncer : elle vise à faire savoir qu’on l’énonce, en une étrange rétroaction autoperformative (si vous me suivez). Bref, on se réjouit et congratule. Je vous propose une vidéo avec Charles Trenet et Georges Brassens. Regardez bien, vers 1min46s, le regard de Brassens. Depuis le début, il est fixe et assez inexpressif. Il n’y a que l’imparfait du subjonctif qui le déride :

Par terre on avait mis de la sciure de bois,
Pour que les cracheurs crachassent comme il se doit

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Âge tendre et fût de bois

Imparfait du subjonctif 1bis/5
– 1bis – 2 – 3 – 4 – 5

Aujourd’hui une petite solution imprévue à l’énigme, trouvée par Nathalie, merci. Je vous rappelle qu’on cherche un imparfait du subjonctif dans des paroles écrites (et non pas seulement chantées) par Brassens. Nathalie nous propose Le grand chêne :

« Et, bien qu’il fût en bois… »

Il y a au moins une autre solution, continuez à chercher !! Demain, on continue la série sur la conjugaison.

 

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Subjugué par le subjonctif

Imparfait du subjonctif 1/5
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Les belles lettres sont à l’honneur à partir d’aujourd’hui : on étudie l’imparfait du subjonctif. Ce temps n’est pas le plus rare (je pense que l’obscur passé antérieur remporte la palme, voir ici).  Ses qualités sonores et sa valeur de mythe l’ont sauvé de la disparition totale, à la manière de ces espèces en danger qui peuvent servir de modèle à des peluches :  tigres, pandas… Il chante bien à l’occasion, comme quand notre plus grand poète est mis en chanson par un mélodiste de génie : La légende de la nonne, musique de Georges Brassens sur un poème de Victor Hugo. Le petit refrain intégré (« Enfants, voici les bœufs qui passent… ») réclame une rime en « asse »,  qui appelle assez naturellement des imparfaits du subjonctif à la troisième personne du pluriel (« Dieu voulut que ses coups frappassent… »).

À propos, une petite devinette. On voit ici que Brassens chante quelques imparfait du subjonctif et on en aura un autre exemple dans le prochain post, sur une chanson écrite par Charles Trenet. Mais Brassens a assez peu utilisé cet étrange temps dans les textes qu’il a lui-même écrit. Pouvez-vous en fournir un exemple ?  J’ai une réponse, il se peut qu’il y en ait d’autres, lâchez-vous, et puis même avec des chansons pas de Brassens tant qu’on y est…

Pour rigoler un peu, une version du plus haut comique par Dominique Lamour (qui pourrait quand même apprendre ses textes, ça fait cake ce pupitre).

 

 

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L’ouchanpo

Ouchanpo – 1/5
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Connaissez-vous l’oulipo, ou OuLiPo ? C’est un mouvement littéraire (même si ses membres récusent cette appellation) fondé par l’écrivain Raymond Queneau et le mathématicien François Le Lionnais. Les oulipistes se proposent d’utiliser des contraintes formelles plus ou moins arbitraires, souvent mathématiques, dans des œuvres littéraires.  Par exemple écrire des palindromes (textes qu’on peut lire dans les deux sens comme « Esope reste ici et se repose »). Ça a produit des trucs plus ou moins foutraques, amusants ou pénibles, et de beaux livres de Georges Pérec. Oulipo veut dire « OUvroir de LIttérature POtentielle ».

Pourquoi se limiter à la littérature ? Les contraintes formelles iraient bien au plus ancestral des arts abstraits, la musique : c’est l’oumupo. Pour la peinture, c’est l’oupeinpo. L’esprit de généralisation propre aux mathématiques a rapidement conduit les oulipistes à la notion d’ouXpo. Il ne s’agit pas d’appliquer des contraintes formelles aux films pornographiques, le « X » doit être entendu ici comme l’inconnue des équations mathématiques, une variable qui ne demande qu’à être instanciée à une certaine valeur. Vous comprenez donc que pour X = « chanson », on arrive à l’ouchanpo, l’application de contraintes formelles plus ou moins bizarres à la chanson.

Je propose ici un travail anouchanpiste (« an » veut dire « analytique »). C’est-dire qu’on va analyser les contraintes formelles dans des chansons classiques. Je remets à plus tard le synthouchanpisme (« synth » veut dire « synthétique ») qui se propose d’inventer et d’appliquer des contraintes nouvelles. Disons à beaucoup plus tard, quand je serai vraiment désespéré de ne plus rien trouver pour ce blog, et après vous avoir fourgué les 5000 chansons de Pierre Delanoë traduites en japonnais.

On commence en douceur avec un peu de métrique : l’alexandrin, vers de douze pieds, est tout à fait célèbre, mais pas si commode en chanson, car un peu long. Le vers de trois pieds est beaucoup plus rare, mais on le trouve dans quelques chansons. On l’a déjà rencontré dans ce blog (qui saurait dire où ?)

Ici un autre exemple : La marguerite, de Georges Brassens, qui nous prouve une fois de plus qu’il était bon catholique. Après avoir chanté la messe en latin (ici), il nous rappelle en trois vers de trois pieds que l’espérance est l’une des trois vertus théologales. Une chanson marquée par la très sainte trinité donc.

« Notre Père,
Qui j’espère,
Êtes aux cieux […] »

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La société, ça fait chanter Johnny

De l’usage du mot « société » en chanson – 2/5
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On continue à explorer le mot « société » et son usage dans la chanson. N’hésitez pas à soumettre vos idées dans les commentaires à propos, il y a sûrement de nombreux exemples (ou contre-exemple ?). On passe à Johnny. Mais qu’est ce qui le fait chanter depuis 50 ans ? La société bien sûr, c’est lui qui le dit dans J’ai oublié de vivre : 

À force d’oublier qu’il y a la société
M’arrachant du sommeil
Pour me faire chanter

On notera l’air particulièrement rageur de Johnny au moment de prononcer « société-hé-é ». C’est vers 2min 50s :

« À force d’oublier qu’il y a la société
M’arrachant du sommeil
Pour me faireuh chanter »

À l’appui de mon hypothèse selon laquelle le mot « société » parlait particulièrement au public des années 1970, j’observe qu’en 2006, Johnny laisse tomber le couplet « société » :

https://www.youtube.com/watch?v=1uv1ihHbF9U

Les paroles sont de Pierre Billon, fils de Patachou et filleul de Brassens. On le reverra dans ce blog, on l’a même déjà évoqué sans le nommer dans une petite énigme non-encore résolue (c’est un indice, fouillez tout le blog pour voir de quoi il s’agit…). La musique est de Jacques Revaux.

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7è de dominante

Arpège majeur 3/3
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Un dernier petit post sur les arpèges majeurs, avec Le chapeau de Mireille, une chanson écrite par Georges Brassens, mais chantée par un Marcel Amont très en forme. Allez donc voir la page wikipedia de Marcel Amont, c’est très instructif. La chanson commence sur sol-si-ré-fa, alors que la tonalité est do majeur, ce qui donnerait plutôt do-mi-sol. C’est donc un arpège majeur, mais c’est celui de l’accord de 7è de dominante de la gamme. Bigre… j’arrête avec tout ça, on recommence des vrais thèmes à partir de demain, promis.

 


Cette série vous a plu ? On en reparler ici :
Entre l’Espagne et l’Italie

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P… d’arpège

Arpège majeur 1/3
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Après l’énigme qui portait sur les arpèges mineurs (voir ici) on étudie un peu les arpèges majeurs (do-mi-sol par exemple). Comme je l’ai dit, plusieurs chansons de Brassens commencent sur un arpège majeur : Ballade des dames du temps jadis, Le petit cheval, Colombine, Bonhomme, ou Entre l’Espagne et l’Italie par exemple. Aujourd’hui, je vous passe P… de toi, chantée par Olivia Ruiz, accompagnée du groupe Noir Désir. Écoutez bien les trois premières notes (« En – Ce – Temps »), et vous saurez ce qu’est un arpège majeur.