Plusieurs lecteurs m’ont proposé des chansons. À propos de Charles Trenet, Patrick de Villeurbanne nous propose L’abbé à l’harmonium. C’est vrai qu’il pédalait bien l’abbé…
Nadia, de Meylan nous propose de rester à l’église, avec À l’église, de Pierre Perret.
NP, de Lyon 6è nous propose Cheval de feu, de Jeanne Cherhal. Il y aura bientôt une série sur le cheval dans la chanson.
Le grand écrivain anglais Samuel Johnson a dit : « La musique est le seul plaisir sensuel sans vice. » . Ce dont on déduit qu’il a vécu avant Serge Gainsbourg, qui mérite bien sûr un billet à lui tout seul dans cette série.
Je t’aime, moi non plus. Avec Jane Birkin.
Pas mal cette chanson, il fallait oser. C’est juste gênant quand Radio Nostalgie la passe pendant que je conduis la voiture avec mes trois enfants derrière. Faites gaffe les gars, restez plutôt concentrés sur Joe Dassin.
Après le succès planétaire de Je t’aime moi non plus, Gainsbourg a un peu ramé. Il est parvenu à déclencher encore quelques scandales, en chantant la Marseillaise en reggae, en brûlant un billet de 500 francs à la télé, en chantant l’inceste avec sa fille, en draguant Whitney Houston en prime time, en rappelant à Catherine Ringer son passé d’actrice de film X, etc. Mais ses chansons de sexe n’ont jamais atteint le retentissement de son duo : La décadanse a fait un bide. La quasi pornographique Love on the beat, (qu’on a déjà vue dans la série sur les chats, ici) passait à la télé sans esclandre. Il y a plusieurs clips et live disponibles sur youtube, en voici un.
Et finalement des chansons encore plus crues sont sorties dans une certaine indifférence. Suck baby suck, extrait de son dernier album. Viril, puéril ou sénile, à vous de voir…
Je profite de cette série pour corriger une erreur. Dans la série sur l’homosexualité (ici), j’ai dit que Trenet ne faisait pas allusion à son homosexualité dans ses chansons. Dans La folle complainte, passée dans le billet précédent, il y a tout de même ce couplet un peu équivoque :
La revanche des orages A fait de la maison Un tendre paysage Pour les petits garçons Qui brûlent d’impatience Deux jours avant Noël Et, sans aucune méfiance, Acceptent tout, pêle-mêle : La vie, la mort, les squares Et les trains électriques, Les larmes dans les gares, Guignol et les coups de triques, Les becs d’acétylène Aux enfants assistés Et le sourire d’Hélène Par un beau soir d’été.
Mon lecteur et ami Luc Rosenzweig, décédé l’été dernier, m’a indiqué que Le jardin extraordinaire est en fait truffé d’allusions à des séances de dragues clandestines au jardin des Tuileries. J’ai réécouté, effectivement, vu comme ça, tout s’explique : « Il se passe de tout là-dedans ». Cher Charles, finalement, nous cultivons chacun notre jardin. Même s’ils ne ressemblent pas, ça nous fait un point commun.
Je n’avais pas prévu au départ de parler d’homosexualité dans cette série. Il y a déjà eu une série sur le sujet, et en fait, beaucoup de chansons de la présente série ne sont pas explicitement hétérosexuelles il me semble… Mais puisque j’y suis, je vous passe Georges de Thomas Fersen, proposé par Pierre A. de Paris.
Un commentateur anonyme m’écrit à propos du Blason de Georges Brassens :
Le blason est un type de poème à la mode au XVIè siècle à la suite de l’épigramme du Beau Tétin de Clément Marot publié en 1535. Son originalité repose sur un parti-pris thématique : le poète s’attache à un détail anatomique du corps féminin et en développe l’éloge dans un jeu poétique brillant.
Un beau tétin, texte de Clément Marot, musique de Clément Janequin (dont une autre chanson était déjà programmée pour le dernier billet de cette série, patience).
La chanson explicite n’est pas le point fort des grands poètes de la chanson. Voyez L’amour est cerise, de Jean Ferrat, véritable accident industriel (à mon humble avis). Mais où a-t-il été fourrer sa moustache pour nous pondre une chanson pareille ? Je ne parle même pas des roses écarquillées du clip, voyez plutôt.
Jean Ferrat, L’amour est cerise.
Dommage Jean Ferrat, j’aimais mieux quand tu disais simplement dans Ma môme :
On s’dit toutes les choses qui nous viennent C’est beau comm’ du Verlaine On dirait On regarde tomber le jour Et puis on fait l’amour En secret
Chez Charles Trenet, il n’y a pas trop de sexe, pas explicite en tout cas. La folle complainte, chanson personnelle à l’ambiance provinciale, bourgeoise et poisseuse, contient le célèbre couplet de la bonne qui se donne de la joie. Avec une passoire.
La folle complainte est très souvent reprise. Après un petit tour sur le web, je vous ai choisi ma reprise préférée, par Romain Didier.
Higelin adore.
Brassens, parle très souvent de sexe dans ses chansons, sur un mode tendre, humoristique ou paillard. Puisqu’aujourd’hui c’est grand-de-la-chanson-bashing, je vous passe Le blason, l’une des rares chansons de Brassens que je trouve un peu ratée. Le texte en est si alambiqué que je l’aurais plutôt appelée Les circonlocutions, mais faites-vous votre opinion vous-même. Le blason, version tempo endiablé. Brassens en casse une corde à sa guitare !
Une amie me disait à propos de cette chanson : imagine-t-on une femme qui chante la gloire de cet engin viril, qu’on qualifie par un mot de quatre lettres, ignoble, infâme, désignant normalement un dispositif d’amarrage ? Une femme, certes non. Mais un homme oui. Dans C’est extra, Léo Ferré compare sa quéquette à un archet. Si, si, écoutez bien. Contradiction surprenante : comment une métaphore peut-elle être simultanément aussi prétentieuse et si peu virile ? C’est extra (j’aime pas du tout, voilà, c’est dit).
Si vous vous intéressez à Léo, je vous propose l’exercice suivant. Réécoutez attentivement La mémoire et la mer, puis Jolie môme, et partout où vous le pouvez, interprétez chaque tournure et chaque métaphore sexuellement. Racontez votre expérience dans un commentaire.
Dans cette série, je vous épargne Que je t’aime de Johnny National : le cheval mort, ou lourd, ou en sueur, ou tiède et gluant, ou je ne sais plus trop quoi, j’ai même pas envie d’aller vérifier, beuaaaark. Johnny, je préfère quand tu es enfermé dans un pénitencier (au fait, pénitencier, d’après mon psychanalyste, ce serait en fait pénis-entier, et ce serait à cause de ça que j’ai joué de la guitare).
Johnny, je te range dans le billet sur la chanson de qualité aujourd’hui. Mais c’est juste pour que Crapauds et Rossignols s’indigne bruyamment, ce qui me fera un peu de pub. En attendant, c’est moi qui leur fait de la pub… Bon, il faut bien en passer une de Johnny, je propose la jolie Sarah, une de mes préférées, le Johnny destroy des seventies. Le parolier, l’écrivain Philippe Labro, raconte qu’une fois, pour se plaindre de ses visites trop espacées, sa vieille maman lui a dit : « tu viens me voir… merci pour ton effort ». Oh ma jolie Sarah, avec David Hallyday à la batterie, pauvre petit bonhomme, je réclame une juste part de l’héritage pour lui.
Finalement, parmi les « grands de la chanson », je trouve que Jacques Brel tire son épingle du jeu. Jamais paillard Brel. Il fait rarement allusion au sexe. Sur un mode caustique dans Les Jardins du Casino (tiens un jardin…) :
Passent aussi indifférents Quelques jeunes gens faméliques Qui sont encore confondant L’érotisme et la gymnastique
Fataliste et désabusé dans Les vieux amants : Bien sûr tu pris quelques amants Il fallait bien passer le temps Il faut bien que le corps exulte
Ce misogyne maladif trouve finalement les mots justes dans J’arrive.
J’arrive, j’arrive Mais qu’est-ce que j’aurais bien aimé Encore une fois remplir d’étoiles Un corps qui tremble et tomber mort Brûlé d’amour, le cœur en cendres J’arrive
Le rap a une réputation sulfureuse. Je n’en passe pas suffisamment dans mon blog parce que je n’y connais rien. Je devrais pourtant pouvoir y trouver des dizaines de chansons de sexe… Ce sera pour une autre fois. Je connais quand même Ma Benz de Suprême NTM et Lord Kossity.
Les Brigitte en ont produit une reprise intéressante. Ma Benz, par Les Brigitte.
La synthèse : JoeyStarr + Les Brigitte, qui nous prouvent que le tout est moins que la somme de ses parties.
Par Philippe Katerine et ses peintres, pas à leur meilleur.
Une modalité assez répandue de la chanson de sexe, c’est la mise en scène du mâle viril, excité, voire même en action : poses machos, grimaces, déhanchements suggestifs, paroles crues etc. Je vous ai sélectionné le best of.
Prince : Sexy M.F. Comment est-ce qu’on peut jouer les gros bras comme ça en étant aussi maigrichon ? Il parait que la taille (des bras) ne compte pas …
Candela, un classique cubain, par le Buena Vista Social Club et le gigantesque Ibrahim Ferrer. Les paroles sont vraiment très crues, surtout à la fin de la chanson.
Dans le genre chanteur mâle, le sommet indépassable, je trouve que c’est Foxy lady de Jimi Hendrix. Vous avez remarqué qu’il tient sa guitare à l’envers ?
Parodie par Dana Carvey dans Wayne’s world
Après le best of, le pire of, avec Damien Saez. Je suis obligé de passer sa chanson Sexe pour sa valeur documentaire. Mais quel connard de chanter un truc pareil. Il a l’air content de lui en plus.
Le diable (du sexe) se cache dans les détails (des paroles). Prenez la plus mièvre des chansons d’amour. Et cherchez dedans le détail qui tue, ou plutôt qui pollue en l’espèce. J’ai encore rêvé d’elle, par le groupe Il était une fois.
Vous avez tous trouvé : « j’en ai rêvé si fort que les draps s’en souviennent ». Mais quelle idée d’écrire ça. D’après les interviews des membres d’Il était une fois, le succès de la chanson n’a été prévu ni par le groupe ni par ses producteurs, qui misaient sur une autre piste de l’album. Personne n’a dû relire les paroles.
Philippe Meyer disait que cette chanson est une bûche de Noël musicale : trop de sucre, trop de gras, trop de tout. Elle n’est pas si mal finalement. Il y a même un contrepoint, c’est assez rare dans la variété. Bon, pas pire que ce qui est moins bien en tout cas. J’aime assez Il était une fois d’ailleurs, et sa belle et mystérieuse Joëlle… Je vous en remets, on écoute Pomme, je trouve ça rigolo, même si je ne comprends rien aux paroles. Vous me direz s’il y a du sexe dedans.
Vous pouvez aussi écouter France Musique, émission du mercredi 2 janvier 2019, Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le sexe et la musique… En réécoute, ici.
Maryvonne, internaute de Torcy me propose La parisienne de Marie-Paule Belle. Merci pour la suggestion. L’écrivaine Françoise Mallet-Joris en a co-écrit les paroles ! Je n’avais jamais remarqué qu’elles étaient aussi explicites.