Parfois, le « monstre » est poussé à ses dernières extrémités. Dans Camille, de Jean Yanne, on parle d’un fœtus dans un bocal de formol, désolé pour le divulgachis. Mais pourquoi il chante ça ?
Chères lectrices et lecteurs du Jardin aux chansons qui bifurquent, je vous souhaite une bonne année 2022. Le Jardin va bientôt fêter son sixième anniversaire, son 1500e billet et le 100e thème abordé. La fréquentation augmente d’année en année, les statistiques de WordPress indiquent 22000 visites en 2021. Merci pour votre fidélité.
Pour bien commencer l’année, la Bolduc nous chante Dans le temps du jour de l’an.
Aujourd’hui, une chanson confirmant l’adage de la dernière série d’été selon lequel sur n’importe quel sujet, il y a une chanson de Gainsbourg. La jambe de bois (Friedland).
On aborde aujourd’hui le seul handicap utilisé en chanson pour ses qualités musicales : le bégaiement. On commence par le Stuttering blues (le blues bégayant), de John Lee Hooker.
Il parait que ça a inspiré My generation, des Who, déjà vus dans la série et à qui je décerne le prix de meilleurs artistes ayant chanté le handicap sous toutes ses formes.
Voir aussi cet épisode de Tom et Jerry avec la chanson Crambone, chantée par Uncle Pecos.
Le procédé bégayant est aussi utilisé dans Changes de David Bowie.
Il parait que la chanson Scatman a été inspirée à son auteur Scatman John par son bégaiement, ce qui est difficile à croire devant une telle prouesse de diction.
En français le procédé est moins utilisé. Il faut dire que nous sommes un peu maniaques de la métrique : même dans la variété la moins poétique, le nombre de pieds par vers est souvent respecté, et pas besoin de bégayer pour remplir les cases manquantes. Essayez quand même La tactique du gendarme de Bourvil. Notez la chorégraphie qui sans être spectaculaire demande certaines qualités de dissociation.
Sinon, d’après mes recherches sur internet, il y a plusieurs chanteurs bègues occasionnels ou ex-bègues comme Hubert-Félix Thiéfaine, Carlos, Sylvie Vartan ou Julien Doré. Le chanteur Arno a une élocution un peu difficile, mais je ne dirais pas que c’est un franc bégaiement. Mais tout ça n’apparait pas dans leurs chansons, tant il est bien connu que les bègues ne bégaient pas quand ils chantent.
La mauvaise réputation de Brassens n’est ni une chanson comique ni une chanson sur le handicap. Tout au plus sur une certaine inadaptation, dont quatre catégories de handicapés sont de fait solidaires : les muets, les cul-de-jatte, les manchots, et les aveugles, bien entendu ! Brassens serait-il précurseur du mouvement punk qui mettait en avant l’inadaptation comme qualité au service d’un pessimisme révolutionnaire ?
Autre allusion au handicap chez le bon Georges, dans La prière, adaptation d’un poème de Francis Jammes. Notez que tous les mots de l’alexandrin « Par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains » sont monosyllabes, ce qui lui donne une certaine intensité rythmique.
Aujourd’hui Kekseksa Papa ? par Georgius, « l’amuseur public numéro 1 », une très grande star dans les années 1930. La chanson évoque le marché noir pendant l’occupation et les monstres de foire.
On passe aujourd’hui aux chansons comiques sur le handicap. Certains sujets tabous sont parfois abordés dans la chanson comique avant de faire l’objet de chansons plus sérieuses ou engagées. C’est peut-être quand la société change d’avis : le comique est un espace où peuvent cohabiter les pour, les contre et les sans-avis. On voit ça dans la chanson sur l’homosexualité avec des chansons comiques jusque vers 1970 (Sardou : Le rire du sergent), et puis ensuite un mélange de chansons mettant en avant des stéréotypes érotiques (Rocky Horror Picture Show, Village People, …) et de chansons engagées à partir de Comme ils disent d’Aznavour.
On commence une longue série de chansons comiques sur le handicap avec Raymond Baillet et La noce des infirmes.
Raymond Baillet chante la chanson longtemps après sa création dans une compilation de vieilles chansons. Elle est de Léon Garnier et Lucien Delormel, les paroliers de la grande vedette Paulus, morts respectivement en 1905 et 1899 (ce qui montre au passage que la chanson du jour n’est pas inspirée par les mutilés de la première guerre mondiale comme je l’ai cru au départ).