Simon Modeste nous propose Sur le pressoir, adaptation par La tordue d’un poème de Gaston Couté.
Je vous propose la version de Gérard Pierron. C’est intéressant d’écouter les deux mises en musique. C’est le même texte, mais deux chansons complètement différentes, leçon intéressante…
Celui qui boit, comme a chanté Nicandre, De l’Aconite, il a l’esprit troublé, Tout ce qu’il voit lui semble estre doublé, Et sur ses yeux la nuit se vient espandre.
Les garçons de la rue, Tango poivrot. Paroles de Boris Vian. On a sauté trop près du bord …
Puisqu’on parle de poivrots, quelques vers de Jean Richepin, deux strophes de Poivrot, poème de son recueil La chanson des gueux.
Eh ben ! oui, j’ suis bu. Et puis, quoi ? Qué qu’ vous m’ voulez, messieurs d’ la rousse ? Est-ç’ que vous n’aimez pas comm’ moi À vous rinçer la gargarousse ?
Après six jours entiers d’ turbin, J’ me sentais la gueule un peu sale. Vrai, j’avais besoin d’ prend’ un bain ; Seul’ment j’ l’ai pris par l’amygdale.
Louis de Grenoble nous propose quelques vers de Jacques Prévert, récités par Serge Reggiani au début de sa chanson Le petit garçon.
Ce n’est pas moi qui chante c’est les fleurs que j’ai vues ce n’est pas moi qui ris c’est le vin que j’ai bu ce n’est pas moi qui pleure c’est mon amour perdu.
Je profite de ce billet supplémentaire pour insérer une extrait de Mon oncle Benjamin de Claude Tillier. C’était parait-il le livre préféré de Georges Brassens.
Boire et manger sont deux êtres qui se ressemblent: au premier aspect, vous les prendriez pour deux cousins-germains. Mais boire est autant au-dessus de manger que l’aigle qui s’abat sur la pointe des rochers est au-dessus du corbeau qui perche sur la cime des arbres. Manger est un besoin de l’estomac; boire est un besoin de l’âme. Manger n’est qu’un vulgaire artisan, tandis que boire est un artiste. Boire inspire de riantes idées aux poëtes, de nobles pensées aux philosophes, des sons mélodieux aux musiciens; manger ne leur donne que des indigestions.
Dans vos yeux J’ai vu s’amasser l’ivresse Et d’une longue caresse J’ai clos vos grands cils soyeux. Mais cette ivresse fut brève Et s’envola comme un rêve De vos yeux.
Si tu me payes un verre, JeHaN et Claude Nougaro, sur un texte du grand Bernard Dimey.
Heureusement, certains chanteurs appellent à la sobriété : L’alcool, par Les quatre barbus. Le montage vidéo est excellent, regardez bien.
Les paroles sont de Francis Blanche. Si vous voulez le voir alcoolisé, retournez voir le billet que le Jardin a consacré aux Tontons flingueurs. Il joue le rôle de Maître Folasse (« touche pas au grisby salope !» dans la scène de la cuisine, c’est lui).
La musique, c’est la Rhapsodie hongroise nº 2 de Franz Liszt. Elle a été beaucoup utilisée dans des dessins animés, par exemple The Opry House, le deuxième dessin animé de Mickey.
Dans Rhapsody Rabbit, la musique est plus reconnaissable.
Mon préféré : The cat concerto.
À quatre mains, dans un duo mené par le pianiste fantaisiste Victor Borge
Allez, une version sérieuse, par Brigitte Engerer et Boris Berezovsky.
Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme Écoutez la chanson lente d’un batelier Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu’à leurs pieds
Debout chantez plus haut en dansant une ronde Que je n’entende plus le chant du batelier Et mettez près de moi toutes les filles blondes Au regard immobile aux nattes repliées
Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter La voix chante toujours à en râle-mourir Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été
Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire
Et comme chanson du jour, Nicolas Peyrac nous chante Le vin me saoûle (et nous prouve au passage que Michael Jackson n’a pas inventé l’astuce consistant à parsemé ses chansons de hoquets).
Le vaste répertoire des chansons à boire pourrait mériter à lui seul une série. Je me contenterai de Ma femme est morte, un chant traditionnel de Touraine. Par une spécialiste du genre, madame Bordas.
Curieuse résonance entre cette chanson et Le Vin de l’assassin de Charles Baudelaire…
Ma femme est morte, je suis libre ! Je puis donc boire tout mon soûl. Lorsque je rentrais sans un sou, Ses cris me déchiraient la fibre.
Autant qu’un roi je suis heureux ; L’air est pur, le ciel admirable… Nous avions un été semblable Lorsque j’en devins amoureux !
L’horrible soif qui me déchire Aurait besoin pour s’assouvir D’autant de vin qu’en peut tenir Son tombeau ; – ce n’est pas peu dire :
Je l’ai jetée au fond d’un puits, Et j’ai même poussé sur elle Tous les pavés de la margelle. – Je l’oublierai si je le puis !
Au nom des serments de tendresse, Dont rien ne peut nous délier, Et pour nous réconcilier Comme au beau temps de notre ivresse,
J’implorai d’elle un rendez-vous, Le soir, sur une route obscure. Elle y vint ! – folle créature ! Nous sommes tous plus ou moins fous !
Elle était encore jolie, Quoique bien fatiguée ! et moi, Je l’aimais trop ! voilà pourquoi Je lui dis : Sors de cette vie !
Nul ne peut me comprendre. Un seul Parmi ces ivrognes stupides Songea-t-il dans ses nuits morbides À faire du vin un linceul ?
Cette crapule invulnérable Comme les machines de fer Jamais, ni l’été ni l’hiver, N’a connu l’amour véritable,
Avec ses noirs enchantements, Son cortège infernal d’alarmes, Ses fioles de poison, ses larmes, Ses bruits de chaîne et d’ossements !
– Me voilà libre et solitaire ! Je serai ce soir ivre mort ; Alors, sans peur et sans remord, Je me coucherai sur la terre,
Et je dormirai comme un chien ! Le chariot aux lourdes roues Chargé de pierres et de boues, Le wagon enragé peut bien
Écraser ma tête coupable Ou me couper par le milieu, Je m’en moque comme de Dieu, Du Diable ou de la Sainte Table !