La chanson, art majeur ou art mineur VIII. Chanson et peinture 7/17
On a vu le peintre générique comme personnage mythique dans le dernier billet. Mais la chanson aime à projeter le mythe dans un personnage unique. On a déjà vu que le poète conventionnel de la chanson, c’est Verlaine, voir la série qu’on lui a consacrée ici. Et le peintre, je pense que c’est Van Gogh. Il y a beaucoup de chansons sur lui. Sélection de trois d’entre elles.
La chanson, art majeur ou art mineur VIII. Chanson et peinture 6/17
Le « peintre » est l’un des multiples mythes qui peuplent la chanson, l’un de ses personnages conventionnels qui dispensent l’auteur d’explications, à l’instar du « gitan » ou de la « putain » auxquels on a déjà consacré des séries (ici et là). Un peintre à Montmartre, tout le monde comprend : artiste maudit qui hante les bistrots, génie bavard qui peint des croûtes, meurt de faim (mais pas de soif) et qui sera plus tard millionnaire, rassasié d’académie, désabusé, regrettera bien le temps d’avant où il ne mangeait qu’un jour sur deux, etc.
La taverne d’Attilio, par Félix Marten, sur des paroles de Bernard Dimey.
La bohême, par le Trio Esperança.
Pour en savoir plus sur ce qu’est vraiment la « bohème », je vous recommande la lecture d’un texte de Jean-Didier Wagneur, ici. Vous apprendrez que ce mythe est précisément daté : il remonte à un ouvrage d’Henry Murger, Scènes de la Bohème, paru en 1842 et dont l’adaptation au théâtre remporta un grand succès. Puccini en tirera un opéra joué très souvent jusqu’aujourd’hui. Au départ, la bohème était surtout littéraire, puis elle a glissé vers la peinture. J’en reviens à une vieille marotte, selon laquelle dans le grand écosystème des mythes, idée toutes faites, etc, la chanson est en bout de circuit, plus « robinet » que « source », voir la série sur les expressions toutes faites en chanson, ici.
En bon auteur de chanson, Yvan Dautin puise au poncif sans s’y vautrer. Les mains dans les poches sous les yeux. Notez que le titre combine deux expressions toute faites, petit jeu auquel un certain Georges Brassens excellait, voir ici.
La chanson, art majeur ou art mineur VIII. Chanson et peinture 5/17
À force de se casser la tête sur les arts majeurs, on oublie qu’en peinture, il y a aussi les peintres en bâtiment.
Y a toujours un peintre, par Marcel Amont.
Les peintres en bâtiment sont souvent cantonnés à la chanson comique. Bourvil, La Rumba du pinceau (par la fenêtre).
Mon oncle a tout repeint, par Marianne Oswald, une chanson de Jean Nohain.
Bourvil et Marcel Amont sont les seuls chanteurs qui joignent le geste à la parole : ils peignent en même temps qu’ils chantent, bravo.
La figure de l’artiste peintre étant plutôt positive, lorsqu’un ex-peintre tourne mal, on s’imagine qu’il ne pouvait être peintre qu’en bâtiment… Tout en prenant quelques précautions pour ne pas heurter cette noble profession. Voir la chanson Il travaille au pinceau, de Georgius, « l’amuseur public numéro 1 ». On en est 1938.
La chanson, art majeur ou art mineur VIII. Chanson et peinture 4bis/17
Sur Facebook, Floréal Melgar écrit à propos de Goya :
Chaque fois qu’il est question de cet artiste, je ne peux m’empêcher de penser à cet extrait du livre de notre ami René Troin « Chantier Schéhérazade », dans lequel il évoque avec beaucoup d’humour des chanteurs de la période yé-yé. Dans l’extrait en question, René évoque Jean-Jacques Debout invité dans une émission de télévision animée par Albert Raisner :
« Evidemment, Albert Raisner ne le rata pas. A l’occasion du baptême télévisuel du jeune chanteur, il le cueillit ainsi : “Jean-Jacques, je suis heureux de te recevoir sur le plateau d’Age tendre et tête… Debout… de bois!”. Tout près de là, dissimulée, mais plus pour très longtemps, dans le public tassé sur les gradins, une jeune et jolie inconnue, mais plus pour très longtemps, sourit avec un rien de commisération à la commissure des lèvres. Elle s’appelait Chantal Cézanne mais venait, l’après-midi même, de se rebaptiser Goya, son manager l’ayant persuadée qu’on ne réussit pas dans la chanson avec un nom de peintre.
Cette bonne blague est sans doute apocryphe, mais Jean-Jacques Debout est bien passé à Âge tendre et tête de bois, l’émission d’Albert Raisner, la preuve ici !
La chanson, art majeur ou art mineur VIII. Chanson et peinture 4/17
Vous savez tous bien sûr que Pascal Obispo est l’anagramme de Pablo Picasso. Mais il y a des liens bien plus profonds entre chanson et peinture. Lisez ce que racontait une certaine Chantal de Guerre, au micro de Benoît Duteurtre en avril 2019.
Mon père m’avait dit, je t’en supplie ne t’appelle pas de ton vrai nom, parce que si ça ne marche pas […] Chez Guy Darcan, une personne fabuleuse, dans le salon il y avait un vrai Goya. Il y avait du monde : Frank Sinatra, on se retrouvait tous comme si on s’était toujours connus. Il y avait au mur un très beau Goya, un vrai Goya. Il y avait un petit garçon avec une collerette blanche comme le fait si bien ce grand peintre. Et qui me ressemblait un peu. Et il m’avait dit “elle devrait s’appeler Chantal Goya ta femme”. Voila, c’est comme ça que c’est venu.
Voilà comment on devient Chantal Goya ! Allain Leprest et François Lemonnier nous chantent Goya (le peintre Francisco de Goya, pas Chantal).
Mais je n’oublie pas les fans de Chantal Goya dans ce billet. Ses premières chansons : Une écharpe, une rose et C’est bien Bernard.
La chanson, art majeur ou art mineur VIII. Chanson et peinture 3/17
Patrick Hannais, fidèle abonné du Jardin, a attiré mon attention sur les destins parallèles de Jacques Brel et Paul Gauguin. À presque un siècle d’intervalle, tous les deux quittent les affaires pour se lancer dans l’art, épousent des femmes du nord aux prénoms similaires (Miche Brel, Mette Gauguin). Ils sont morts à peu près au même âge et sont enterrés côte-à-côte dans le même petit cimetière de l’île de Hiva Oa, aux Marquises.
Patrick Hannais a écrit une chanson sur ces histoires parallèles : Brel à Gauguin. Sur la vidéo, regardez les documents qu’il a réunis et cet étrange air de famille entre Brel et Gauguin.
Brel lui-même évoque Gauguin dans sa chanson testament, Les Marquises.
La pluie est traversière Elle bat de grain en grain Quelques vieux chevaux blancs Qui fredonnent Gauguin
Quel dommage que Gauguin n’ait pas peint un portrait de Brel… Je vous passe aussi Gauguin, de Pierre Delorme.
La chanson, art majeur ou art mineur VIII. Chanson et peinture 2/17
L’art majeur, c’est très bien, mais si on force la dose, on risque quand même une légère mégalomanie… Je vous propose aujourd’hui Salvador Dalí et son opéra Être Dieu. Bah oui, tant qu’à faire.
Extrait du livret, à lire en roulant puissamment les « r » : Je demande au secrétaire général des Nations Unies qu’Auguste Comte et Marylin Monroe soient proclamés roi et reine universels en exil. Et que dans toutes les discothèques et librairies de gauche, il leur soit rendu les honneurs réservés à l’ange consort. Quant à Mao, je rappelle qu’en 1960 j’ai prédit qu’il unirait un jour la Chine et les États-Unis pour la domination du monde.
La chanson, art majeur ou art mineur VIII. Chanson et peinture 1/17
Cette série revient sur le thème de l’an dernier : « la chanson est-elle un art majeur ? ». Rassurez-vous, je n’ai pas trouvé la réponse. Mais je suis pris d’un regret, je n’ai pas eu le temps de passer une série sur les liens nombreux entre la chanson et l’un des arts les plus majeurs qui soit : la peinture. On verra que si les chanteurs célèbrent volontiers la peinture, les peintres ne le leur rendent pas la pareille. Pour commencer, quelques vers de Jacques Tahureau, poète de la Renaissance.
Le peintre dans son tableau, Trasse la linéature, Puys avecques le pinceau, L’enrichist de sa peinture, D’une et d’autre couleur vifve, Luy donnant forme naïfve.
Si les artizans subtilz, Font de leurs plus fins outilz Embellir leur plus gent ouvrage, Riche d’or et de couleur, Pourquoy n’aura mon langage, Son or et ses douces fleurs ?
Tout à fait monsieur Tahueau. La peinture à l’alcool, d’Ignatus.
La chanteuse Talila a consacré l’essentiel de sa carrière à la chanson yiddish. On repassera plusieurs chansons d’elle dans nos séries. En attendant, pour conclure, son premier album en Yiddish, Ott Azoï, avec le groupe Kol Aviv, prix Charles Cros en 1977.
Les Juifs et la chanson I – La chanson yiddish 13/14
On fait aujourd’hui connaissance avec Mickey Katz, chanteur fantaisiste américain. Il a débuté dans l’orchestre de Spike Jones (déjà passé dans le blog, ici). Il s’est ensuite spécialisé dans la parodie de classiques américains en simili yiddish avec accent à la Rabbi Jacob. Une sorte de Popeck en chanson, dont je n’ai pas trouvé d’équivalent français.
Mickey Katz nous chante la véritable histoire de Davy Crockett, dont l’historiographie ignore largement qu’il a été nourri au gefilte fish (= la carpe farcie). Duvid Crockett.
Puisque le billet du jour est sous le signe de la cuisine juive et de la blague, en voilà une. C’est un Villeurbannais qui cherche à se loger, et qui visite un appartement habité par des Juifs très pieux. Il s’étonne de voir deux éviers, chacun à un bout de la cuisine. Les occupants du lieu lui expliquent : « C’est pour la cuisine casher, qui suit des règles très strictes. La Torah dit « tu ne mangeras point l’agneau dans le lait de sa mère ». Il nous est donc interdit de manger lait et viande en même temps, c’est pourquoi pour éviter tout mélange nous avons deux éviers ».
Il s’étonne alors de voir quatre frigidaires : un pour le lait, un pour la viande, d’accord, mais pourquoi les deux autres ? « Le troisième frigidaire c’est pour Pessa’h, la Pâque juive. En souvenir des Hébreux qui n’ont pas eu le temps de faire lever le pain avant de fuir l’Égypte, il nous est interdit durant Pessa’h de manger le « hametz », (= la levure) : pas de pain levé, pas de yaourt, pas de bière, etc. Le troisième frigidaire est donc exempt de toute levure et ne sert que durant Pessa’h ».
D’accord, mais le quatrième frigidaire ? « Oh, celui-là, c’est pour quand on a envie d’une tranche de jambon ».
Si vous voulez d’autres explications sur Pessa’h (Passover en anglais), regardez cet extrait de Prends l’oseille et tire-toi, film de Woody Allen.