Un grand bravo à Patrick Hannais qui a le premier résolu l’énigme. Voir quelques indications dans les commentaires, mais les autres peuvent continuer à chercher.
On reste chez les grands anciens aujourd’hui. Maurice Chevalier nous chante Appelez ça comme vous voulez. Avec un titre pareil, j’aurais juré que les paroles sont d’Albert Willemetz, mais vérification faite, elles sont de Jean Boyer. Je leur trouve une légère patine de vulgarité absente chez Willemetz, qui est pourtant volontiers paillard. Bon, Jean Boyer reste un des meilleurs paroliers d’avant-guerre (Comme de bien entendu, D’excellents français ou Pour me rendre à mon bureau, c’est lui). La musique est de Georges van Parys. Mais quel rapport avec l’énigme ?
Je vous rappelle qu’on recherche le lien secret qui relie quelques chansons. C’est très difficile à trouver, mais parfaitement clair une fois connue la solution ! N’espérez pas profiter de cette énigme pour vous gaver, tout comme d’une bûche de Noël, d’Annie Cordy, de Zazie ou de Gauvain Sers. Et échapper par là-même au sérieux patrimonial de quelques bons vieux classiques de qualité. Comme À Saint-Lazare d’Aristide Bruant, déjà passée plusieurs fois dans le blog. J’adore cette chanson et du strict point de vue de l’énigme en cours, c’est aussi ma préférée. Par Bruant en personne.
Aujourd’hui, Gauvain Sers nous chante Ton jean bleu. La légitimité de cette chanson dans l’énigme est discutable, je la mets quand même. Mais quel rapport avec Les recalés et Jojo la fleur bleue ? N’espérez aucune aide de votre moteur de recherche préféré. Par contre, si vous y recherchez Gauvain Sers, vous trouverez tout plein de débats pour savoir ce qu’il faut penser de lui.
Le mathématicien et oulipien Claude Berge a déclaré : Une démonstration élégante c’est une démonstration à laquelle on ne penserait pas normalement, comme un problème d’échec élégant : il faut que le premier coup soit paradoxal.
Il n’en va pas tout à fait de même des énigmes du Jardin, dont le deuxième épisode (et non pas le « premier coup ») est spécialement étudié pour égarer le lecteur dans un labyrinthe de conjectures. Alors pas de panique si vous ne trouvez pas de suite, et bravo sinon. Zazie nous chante Les recalés.
Réjouissez-vous amis du Jardin aux chansons qui bifurquent, voilà avec quelques jours d’avance le cadeau de Noël : le temps des énigmes est revenu ! On va enfin pouvoir s’amuser. Selon un principe aussi ludique qu’éprouvé, on recherche à partir d’aujourd’hui le lien secret entre plusieurs chansons. Ce n’est pas très facile cette fois, mais il n’y a pas d’entourloupe : le lien est clair, net et indiscutable. On commence par Jojo la fleur bleue, par Annie Cordy.
Livraison bakchich prodigieux pour régime de l’Amérique 7/8
La version récente de Star-spangled banner la plus marquante est peut-être celle de Sacha Baron Cohen, dans la peau de son personnage Borat. À un festival de rodéo en Virginie, il chante un hymne bidon du Kazakhstan sur la musique de The star-spangled banner. Il parait qu’il a vraiment failli se faire lyncher après.
Le film Borat contient aussi un faux hymne du Kazakhstan avec sa propre musique. Il a été joué par erreur lors de la remise d’une médaille à une athlète kazakh.
Dans ce billet sous le signe de la parodie, je propose d’imposer un maître du genre pour le nouvel hymne : Cold dead hand par Jim Carrey. Sur la vidéo, admirez l’imitation de l’acteur Charlton Heston qui fut un temps président de la National Rifle Association.
Livraison bakchich prodigieux pour régime de l’Amérique 6/8
L’une des versions les plus célèbres de The star-spangled banner est celle de Jimi Hendrix, en clôture du festival de Woodstock en 1969. Notez l’utilisation originale de la guitare électrique comme instrument de musique figurative, en plein pendant les bombardements au Vietnam.
Jimi Hendrix s’explique au micro de Dick Cavett.
C’était le temps de la lutte des Noirs américains pour les civil rights. Un an avant Hendrix, les champions américains levaient le poing aux jeux olympiques de 1968 à Mexico. Pendant l’hymne de leur pays of course.
Alors voilà l’idée du jour. Je me dis qu’un hymne national doit célébrer quelques valeurs militaires, ou au moins le grade de sergent. Alors Sgt Pepper’s lonely hearts club band des Beatles devrait faire le job. Dans sa reprise par Hendrix évidemment, qui groove bien mieux que l’original, parce que les Américains ils sont plus forts que les Anglais, il est important de le dire pour une nation qui s’est émancipée de la couronne. Et puis, je vous fais un aveu : je reconnais le génie de song maker de Sir Paul Mc Cartney, mais je n’apprécie pas trop ses performances vocales, alors god save Jimi Hendrix.
La version biopic.
Sinon, Pascal, internaute de Lyon nous propose comme nouvel hymne des USA Happy birthday de Stevie Wonder, chanson sur Martin Luther King.
Livraison bakchich prodigieux pour régime de l’Amérique 5bis/8
Pascal, internaute de Lyon, très inspiré par cette série me fait encore plusieurs propositions intéressante. Il a trouvé quelques exemplaires dans le patrimoine français de cette spécialité américaine : les chansons à la fois patriotiques et contestataires. Le meilleur exemple, Ma France de Jean Ferrat. Jean Ferrat est donc très américain, voilà une nouvelle !
Pascal propose aussi L’affiche rouge, adaptation par Léo Ferré d’un poème de Louis Aragon célébrant les résistants communistes et immigrés dont les portrait furent placardés par l’occupant durant la dernière guerre. Notez la manière dont Léo Ferré articule le mot « France » tout à la fin de la chanson.
Pascal propose encore Hexagone 2020 de Reno Bistan, version modernisé d’Hexagone de Renaud (il y a aussi une version 2019).
J’ai un peu cherché de mon côté, j’ai trouvé Ma France à moi, de Pierre Perret.
On pourrait ajouter Que Marianne était jolie de Michel Delpech.
Bref, la France est certainement le pays qui a le plus de chanteurs américains. J’ai quand même l’impression que les versions françaises sont à la fois moins contestataires et moins patriotes que les Born in the USA et consort.
Livraison bakchich prodigieux pour régime de l’Amérique 5/8
Un petit mot d’excuse à mes abonnés par email pour un billet envoyé par erreur hier. Il est prévu pour les vacances de Noël, je l’ai effacé et je ressors à la date prévue.
Ah, le solfège, le sujet qui plus encore que les bugs de la programmation me fait perdre tous mes lecteurs, j’adore. Alors voilà, la mélodie de The star-spangled banner commence de manière assez originale : en descendant un arpège majeur : sol – mi – do (je transpose en do par commodité). C’est assez curieux et pas si commun. L’intervalle de quinte (do – sol donc) est plutôt banal, abrupt et grandiloquent si on le laisse dans sa nudité. Il ouvre le générique de Star Wars ou du feuilleton Dallas (le fameux « Dââââ…Lâââs ») par exemple. Le sol, 5e degré de la gamme, est plutôt instable et appelle une résolution sur le do, premier degré de la gamme. S’attarder sur un sol crée donc une tension dramatique ce qui convient à un générique. Mais un hymne, même américain, n’est pas le générique d’un feuilleton ou d’une saga. La tension créée par le sol se doit d’être résolue tout de suite pour produire un effet plébiscitaire de solennité et de confiance dans la mère patrie. Descendre l’arpège est donc assez malin pour un hymne, on termine naturellement et vite sur le premier degré de la gamme, les tensions se résolvent d’elles-même, un joli packaging, on n’en attendait pas moins des Américains. L’arpège est remonté juste après, mais le sol auquel il parvient est résolu immédiatement une octave plus haut par un do aigu (et oui, la mélodie commence par sol – mi – do – mi – sol – do). Bravo, en six notes on a tout : la tension, accentuée par le premier mi placé en syncope, et deux fois sa résolution. Je trouve ça mieux fait que La Marseillaise, qui elle aussi résout dès le départ, mais de manière plus banale (cinquième degré répété en anacrouse sur « A-llons-z’en », résolu sur le premier degré « fants »), et qui recoure aussi à l’arpège descendu, mais un peu plus loin (sur le « i-i-e » de « la patri-i-e »).
Je connais assez peu de chansons françaises qui commencent par un arpège descendu… J’ai remarqué que c’était le cas d’Embrasse-les tous de Georges Brassens. Je ne trouve pas cette chanson très convenable pour un hymne, mais je vous la passe quand même et vous laisse à vos réflexions sur l’habilité prodigieuse des mélodies du bon Georges (Brassens, pas Bush évidemment). Notez qu’ici, l’arpège est mineur (sol – mi bémol – do).
Retournons à notre solfège. On peut se demander pourquoi le mode majeur. Il est plus lumineux que le mode mineur, ce qui convient évidement à un hymne. D’ailleurs, d’après la page Wikipedia Hymne national, presque tous les pays du monde ont leur hymne national en mode majeur. Il n’y a que treize exceptions : Azerbaïdjan, Bulgarie, Cambodge, Irak, Israël, Japon, Kazakhstan, Kenya, Népal, Slovaquie, Roumanie, Tadjikistan et Turquie. Vous noterez que plus de la moitié de ces pays ont subi d’une manière ou d’une autre l’influence ottomane, et donc celle de la musique turque et de son riche système modal. Mais j’en viens à une subtilité de l’hymne américain. L’arpège majeur (do – mi – sol) enchaine une tierce majeure et un tierce mineure. L’arpège mineur (do – mi bémol – sol) enchaîne une tierce mineure et une tierce majeure. Mais si on les joue à l’envers, évidemment, l’ordre des tierces s’inverse. On se retrouve en majeur avec le petit intervalle d’abord (sol – mi). J’ai remarqué qu’on avait du coup une sensation subliminale diminution, et donc de mode mineur. Ce qui fait qu’à mon avis, The star-spangled banner, bien qu’en mode majeur, produit au début (inconsciemment bien sûr) une impression de mode mineur puisque l’arpège est joué à l’envers. Ceci jette comme un voile fugace d’obscurité au début, tout à fait bienvenu lorsque que, l’œil rivé sur le drapeau, on montre son gros menton en pensant aux morts au combat et à tous ces trucs patriotiques. Avant de se ressaisir et de reprendre son flingue, américain évidemment. Vraiment bien conçu cet hymne.
J’en viens donc au point crucial de ma démonstration. Il faut aux Américains un hymne qui joue les gammes à l’envers, seul moyen efficace (et donc américain), d’obtenir sans modulation les avantages des modes majeur et mineur. Je propose donc une mélodie écrite en mode mineure, mais qui, du fait qu’elle descend les cinq premiers degrés de la gamme (sol – fa – mi bémol – ré – do) au lieu de le remonter, produit un effet tout à fait guilleret et lumineux de gamme majeure. Une seule possibilité donc : comme nouvel hymne national pour l’Amérique, il faut le générique de La soupe aux choux. C’est irréfutable, c’est prouvé par la musicologie (et la diététique, mais c’est un autre sujet). Une composition de Raymond Lefebvre.
Je propose une nouvelle définition de la musicologie : science qui permet de parler de René Fallet et Georges Brassens alors que le sujet est l’hymne national américain.