Au fil du temps

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 16/23

La plupart des chansons passées jusqu’ici sont l’œuvre de chanteurs et chanteuses juifs, dont la famille a été parfois touchée directement par la Shoah. Dans ce billet, je vous propose un tour d’horizon chronologique de plusieurs chansons d’auteurs a priori non-juifs (je n’ai pas vérifié la biographie de tout le monde …) qui chantent la Shoah. L’évolution dans le temps est intéressante.

La première chanson ne concerne pas directement la Shoah. Elle parle du Vélodrome d’hiver à Paris, un lieu de fête populaire et de meetings politiques avant-guerre, ainsi que se le remémore Yves Montand. Les « six jours » mentionnés dans les paroles, ce n’est pas la création du monde dans la Genèse, ce sont les Six jours de Paris, fameuse course cycliste. C’est au Vel’ d’Hiv qu’ont été parqués les 13 000 juifs arrêtés le 16 juillet 1942, lors de la plus grande rafle organisée en France. Aujourd’hui, « Vel’ d’hiv » évoque la rafle du Vel’ d’hiv, pas le cyclisme sur piste… La chanson montre bien que dans les années 1950, il n’en était rien.

Avec les Juifs de Pierre Selos, chanteur engagé dans le catholicisme à ses débuts. On est en 1964.

La petite juive de Maurice Fanon, en 1965.

Petit Simon d’Hugues Aufray en 1967, paroles de Vline Buggy.

Paul Louka, Tante Sarah en 1972.

Chanson pour Anna, en 1974, paroles et musique de Pascal Danel, interprétée par Daniel Guichard

En 1977, dans son concept-album Simon et Gunter, Daniel Balavoine nous raconte l’histoire de deux frères allemands séparés par le mur de Berlin. Une chanson de l’album, Lise Altmann, est consacrée à la Shoah.

En 1986 , Gilbert Bécaud compose une comédie musicale, Madame Rosa, adaptée par Claude Lemesle du roman d’Émile Ajar, La vie devant soi. Extrait : Bravo, par Annie Cordy. Première chanson de la série qui évoque explicitement le rôle des Français dans les déportations.

Anne ma sœur Anne, en 1985, Louis Chédid (qui fait son entrée au 1007e billet de ce blog). Je crois que c’est la première chanson de la série qui évoque le retour de l’antisémitisme après-guerre. La chanson date à peu près des premiers succès électoraux du front national.

Souviens-toi du jour en 1999, interprétée par Mylène Farmer. À la fin de la chanson, elle chante « Zakhor et yom », ce qui signifie « Souviens-toi du jour » en hébreu. Les paroles disent en boucle « si c’est un homme », allusion sans ambiguïté à Primo Levi. Mylène Farmer porte une robe Thierry Mugler. Analyse du clip, ici.

L’ami Jacob, en 2007, de Pascal Danel, qui avait déjà écrit la Chanson pour Anna en 1974 pour Daniel Guichard.

Fatigué, fatigué, de François Morel. On est en 2010.

1 – La chanson de Simon Srebnik
2 – La chanson de Treblinka
3 – Yisrolik
4 – Le chant des marais
5 – Le Verfügbar aux Enfers
6 – Casimir Oberfeld
7 – Êtes-vous heureux ?
8 – La fontaine endormie
9 – Il n’y a plus de roses rue des Rosiers
10 – Le petit train de Rita Mitsouko
11 – Comme-toi
12 – Nuit et brouillard
13 – Smoke gets in your eyes
14 – Pitchipoï
15 – Évariste
16 – Au fil du temps
17 – Les Ramones à Bitburg
18 – Signé Furax
19 – Des voix off
20 – Roméo et Judith
21 – Culture du camp
22 – La troisième symphonie de Górecki
23 – Beltz

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Évariste

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 15/23

Assez peu de chansons évoquent directement la mort dans les camps, la chambre à gaz ou le four crématoire. En fait, je n’en ai trouvé qu’une seule, Je ne veux pas mourir idiot, une chanson d’Évariste de son vrai nom Joël Sternheimer. Son père est mort à Auschwitz. Écoutez vers 0:50 : « fermez la porte du four, mon père a été tué ».

Autre chanson par Évariste, en hébreu.

1 – La chanson de Simon Srebnik
2 – La chanson de Treblinka
3 – Yisrolik
4 – Le chant des marais
5 – Le Verfügbar aux Enfers
6 – Casimir Oberfeld
7 – Êtes-vous heureux ?
8 – La fontaine endormie
9 – Il n’y a plus de roses rue des Rosiers
10 – Le petit train de Rita Mitsouko
11 – Comme-toi
12 – Nuit et brouillard
13 – Smoke gets in your eyes
14 – Pitchipoï
15 – Évariste
16 – Au fil du temps
17 – Les Ramones à Bitburg
18 – Signé Furax
19 – Des voix off
20 – Roméo et Judith
21 – Culture du camp
22 – La troisième symphonie de Górecki
23 – Beltz

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Pitchipoï

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 14/23

Dans ce billet, on étudie le destin étrange d’une chanson et d’un mot, venus des tréfonds du folklore yiddish : «Pitchipoï ». Il désigne un lieu générique ou de convention, un peu comme « Pétaouchnok » ou « Trifouilli-les-oies ». Dans Pourquoi «Pitchipoï », Biographie d’une chanson populaire, article de Leizer Ran, archiviste au YIVO, paru en 1983 dans Di goldéné Keyt, traduction du yiddish par Aby Wieviorka parue dans la revue Pardès en 1992, j’apprends que ce mot vient d’une chanson, In a stetelè Pitiè-Poï.

In a stetelè Pitiè-Poï,
Staït a haïzèlè badekt mit shtroï
Trift a règndl, gaït a shnaï
Voïnen dor shokhe, dlekh twaï:
Sotiki, sotiki,
Sotzè, sotzè,
Abè sotzè rouft men zaï

Traduction:
Dans un village Pitiè-Poï,
Il y a une maisonnette couverte de paille
Tombe une petite pluie, de la neige,
Y habitent deux voisins,
Sotiki, Sotiki,
Sotzè, Sotzè,
On les appelle Abè Tzotzè.

J’ai retrouvé la chanson sur le site du Ruth Rubin Legacy, suivre ce lien pour l’écouter dans trois versions recueillies en 1948 auprès d’immigrés juifs polonais en Amérique du Nord (il y a aussi une partition et diverses indications). La chanson ne veut pas dire grand chose en l’état. Leizer Ran estime qu’il agit d’une version déformée d’une chanson plus riche et plus ancienne. D’après plusieurs versions antérieures qu’il a pu consulter, il infère que la chanson d’origine est humoristique et se moque gentiment de l’accent et de tournures galiciennes de petits paysans qui s’occupent d’une vache. Il émet l’hypothèse que Pitchipoï est une déformation du nom d’un authentique village ukrainien, Nie-Tshepaï. La forme finale le rapprocherait de « Tshepè nisht », qui veut dire « fiche moi la paix » en yiddish, ou de « pitié » (boire en russe), qui a donné « poïtsh » en yiddish, qui veut aussi bien dire abreuver le bétail qu’ivrogne (ça sonne un peu comme « pochtron » en français, qui vérification faite date au moins du moyen-âge et s’apparente au mot « poche »).

Le mot « pitchipoï » a connu une destinée étrange par la suite. D’après plusieurs récits, il désignait pour les internés du camp de Drancy en région parisienne le lieu mystérieux vers où partaient les trains de déportés. En 1994, Daniel Darc chante Pitchipoï hôtel. Sa grand-mère a été arrêtée à la rafle du Vel’ d’Hiv’ et n’est pas revenue de déportation.

Merci à Annette Wieviorka de m’avoir communiqué l’article de Leizer Ran traduit par son père Aby.
Vous venez de lire le 1000e billet du Jardin aux chansons qui bifurquent. Ce blog existe depuis 4 ans et 9 jours. Ce dont je déduis qu’environ 250 billets paraissent chaque année.

1 – La chanson de Simon Srebnik
2 – La chanson de Treblinka
3 – Yisrolik
4 – Le chant des marais
5 – Le Verfügbar aux Enfers
6 – Casimir Oberfeld
7 – Êtes-vous heureux ?
8 – La fontaine endormie
9 – Il n’y a plus de roses rue des Rosiers
10 – Le petit train de Rita Mitsouko
11 – Comme-toi
12 – Nuit et brouillard
13 – Smoke gets in your eyes
14 – Pitchipoï
15 – Évariste
16 – Au fil du temps
17 – Les Ramones à Bitburg
18 – Signé Furax
19 – Des voix off
20 – Roméo et Judith
21 – Culture du camp
22 – La troisième symphonie de Górecki
23 – Beltz

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Smoke gets in your eyes

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 13/23

Serge Gainsbourg a consacré un concept-album au nazisme, Rock around the bunker. On en a déjà passé plusieurs extraits dans ces séries sur les juifs et la chanson. Beaucoup de sujets sont évoqués : la nuit des longs couteaux dans Nazi rock, les persécutions antisémites dans Yellow star, l’exil des nazis en Amérique du sud dans SS in Uruguay, etc, etc.

Mais pas de chanson sur la Shoah, en apparence du moins. Car je pense que la chanson sur la Shoah de l’album, c’est la seule en anglais : la reprise du standard de jazz Smoke gets in your eyes.

C’est juste une hypothèse, mais les paroles de cette chanson d’amour prennent un relief particulier si on les écoute dans cette perspective. De toute manière, sans ça, on se demande ce que Smoke gets in your eyes fabrique dans cet album.

They asked me how I knew
My true love was true
I of course replied
« Something here inside
Cannot be denied »

They said someday you’ll find
All who love are blind
When your heart’s on fire
You don’t realize
Smoke gets in your eyes

So I chaffed and I gaily laughed
To think they could doubt my love
Yet today, my love has flown away
I am without my love

Now laughing friends deride
Tears I cannot hide
So I smile and say
« When a lovely flame dies,
Smoke gets in your eyes. »

Smokes get in your eyes était parait-il un des standards préférés de Thelonious Monk.

Autre extrait de l’album de Gainsbourg, Nazi rock. Au début de la vidéo, échange entre Philippe Bouvard et Serge Gainsbourg :

PB : Pourquoi tout un disque sur les nazis ?
SG : Disons que c’est un os qui m’était resté depuis 34 ans.
PB : Vous étiez très jeune au moment de l’occupation.
SG : Mais j’ai de la mémoire, j’avais 12 ans.

Pour finir sur une note plus légère, je vous propose une parodie de Smoke gets in your eyes, par Mickey Katz : Don’t let the schmaltz get in your eyes. Le « schmaltz » désigne en yiddish la graisse d’oie, ingrédient de la cuisine juive d’Europe de l’Est.

1 – La chanson de Simon Srebnik
2 – La chanson de Treblinka
3 – Yisrolik
4 – Le chant des marais
5 – Le Verfügbar aux Enfers
6 – Casimir Oberfeld
7 – Êtes-vous heureux ?
8 – La fontaine endormie
9 – Il n’y a plus de roses rue des Rosiers
10 – Le petit train de Rita Mitsouko
11 – Comme-toi
12 – Nuit et brouillard
13 – Smoke gets in your eyes
14 – Pitchipoï
15 – Évariste
16 – Au fil du temps
17 – Les Ramones à Bitburg
18 – Signé Furax
19 – Des voix off
20 – Roméo et Judith
21 – Culture du camp
22 – La troisième symphonie de Górecki
23 – Beltz

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Nuit et brouillard

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 12/23

Jean Ferrat, de son vrai nom Jean Tenenbaum et dont le père a été raflé comme juif puis assassiné à Auschwitz, a composé et chanté l’une des chansons les plus marquantes sur la Shoah, Nuit et brouillard.

Je trouve intéressant de comparer les deux chansons les plus connues sur la Shoah : Comme toi et Nuit et brouillard. Cette dernière ne parle pas uniquement de la Shoah, mais plus généralement de la déportation. Le titre lui-même est d’ailleurs le nom d’un décret allemand de 1941 ordonnant la déportation de certains opposants politiques au troisième Reich, sans qu’aucune information ne soient donnée sur leur sort : ils devaient disparaître dans « la nuit et le brouillard ». Le décret ne concernait pas les juifs en tant que tels. Le sort des juifs est certes évoqué discrètement dans la chanson (à travers le prénom « Samuel » et la référence à « Jehovah » cité dans une liste de dieux), mais mis sur le même plan que celui des autres déportés. Y compris ceux qui prient Vishnou, il n’y a pas dû en avoir beaucoup. Ceci donna lieu à une polémique bien longtemps après la sortie de la chanson, voir ici.

Évidemment, la chanson de Ferrat reflète son époque et sa sensibilité juive et communiste. Dans l’immédiat après-guerre, les juifs revendiquaient assez peu la spécificité de leur sort, qui n’était pas non plus perçue par l’opinion publique. La priorité était à la reconstruction et à l’intégration. Et être mis dans le même sac que les déportés politiques n’a rien d’infamant. D’un autre côté, les communistes qui ont représenté une part importante des déportés politiques n’avaient pas intérêt à ce qu’il y ait « plus victime » qu’eux. La mise en avant de spécificités ethniques est en outre peu compatible avec le marxisme qui tend à tout expliquer par des rapports de classes. Le syncrétisme de la chanson de Ferrat, par ailleurs belle et courageuse, est donc bien dans l’air de son temps. Dans L’heure d’exactitude d’Annette Wieviorka, page 112, je lis :

Une ancienne d’Auschwitz, devenue psychanalyste lacanienne, Anne-Lise Stern, douée du sens de la formule, m’a dit une fois : « Les Juifs et les communistes ont passé un accord : nous vous prêtons nos chambres à gaz, vous nous donnez votre résistance ». C’est assez bien vu. Dans certains discours de l’après-guerre, tout déporté fut menacé de la chambre à gaz, tous furent des résistants.

Comme toi de Goldman, passée dans le billet précédant, adopte un point de vue tout différent, mais là encore dans l’air de son temps. La judéité de la petite Sarah n’est pas explicite, tout comme chez Ferrat, mais elle est indiquée par son prénom, celui de ses amis (Ruth, Anna et Jérémie), par la ville de Varsovie et par le pont en style klezmer. La chanson est écrite à hauteur de petite fille, il n’y a pas de généralisation ou de visée politique affirmée. Dans L’ère du témoin, toujours d’Annette Wieviorka, je lis page 151 :

À l’ère du témoin, qui s’épanouit dans les années 1980, l’expression individuelle est sollicitée partout et triomphe. Les événements du passé, comme ceux qui se déroulent sous nos yeux, ne sont plus analysés en termes politiques ni ne donnent plus naissance à un grand récit collectif, mais à une succession ou une juxtaposition de récits individuels. Nous sentons. Nous nous identifions. Nous sommes remplis d’empathie. Mais pensons-nous encore ?

On peut polémiquer sans fin à propos des mérites comparés de ces deux grandes chansons populaires… Un opposant politique torturé et jeté dans un train vers l’enfer, ou une petit fille gazée à Treblinka à la même date : leurs sorts sont essentiellement différents, malgré quelques points communs, à commencer par l’identité du criminel. Insister sur ce qui les rassemble ou les distingue en dit plus long sur celui qui chante que sur leur sort, bien sûr.

Sur le plan de la stricte écriture, je dois dire que ma préférence va à la simplicité de Goldman. Les deux chansons évoquent à la fois les faits et la mémoire des faits. Chez Goldman cette tension entre passé et présent est synthétisée en deux mots tout simples dans le titre qui sert aussi de refrain : « comme toi », on voit toute l’efficacité d’un bon parolier qui n’a pas enchaîné les tubes juste par hasard. Chez Ferrat, c’est « Je twisterais les mots s’il fallait les twister / Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez ». Alexandrin, hémistiche, ça tient la route, mais ça moud un peu trop de grain à mon goût. Ou encore : « Mais d’autres gens en avaient décidé autrement », c’est plus net et surtout plus exact historiquement que la métaphore un peu laborieuse « Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés ». Etc. Probablement le goût de mon époque…

Pour finir ce billet, une chanson moins connue de Jean Ferrat, en hommage à son père mort à Auschwitz, Nul ne guérit de son enfance.

1 – La chanson de Simon Srebnik
2 – La chanson de Treblinka
3 – Yisrolik
4 – Le chant des marais
5 – Le Verfügbar aux Enfers
6 – Casimir Oberfeld
7 – Êtes-vous heureux ?
8 – La fontaine endormie
9 – Il n’y a plus de roses rue des Rosiers
10 – Le petit train de Rita Mitsouko
11 – Comme-toi
12 – Nuit et brouillard
13 – Smoke gets in your eyes
14 – Pitchipoï
15 – Évariste
16 – Au fil du temps
17 – Les Ramones à Bitburg
18 – Signé Furax
19 – Des voix off
20 – Roméo et Judith
21 – Culture du camp
22 – La troisième symphonie de Górecki
23 – Beltz

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Comme-toi

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 11/23

La plus grande chanson populaire sur la Shoah est sans doute Comme toi, de Jean-Jacques Goldman. Je vous en propose une version en duo avec Francis Cabrel.

Je vous propose aussi Quelque chose de bizarre, chanson peu connue de Goldman mais très appréciée de certains fans. Les paroles sont énigmatiques, ce qui est inhabituel chez Goldman. Il y a des trains qui ne mènent nulle part, des vieux avec de drôles de regards, qui sont rassemblés autour d’un grand trou vide et tout noir. Le « samedi 17 novembre », évoqué au début de la chanson, c’est l’anniversaire d’Alter Mojsze Goldman, le père de Jean-Jacques (mais il est né un mercredi, le 17 novembre 1909). Voir toutes sortes d’hypothèses à propos de la chanson, ici.

1 – La chanson de Simon Srebnik
2 – La chanson de Treblinka
3 – Yisrolik
4 – Le chant des marais
5 – Le Verfügbar aux Enfers
6 – Casimir Oberfeld
7 – Êtes-vous heureux ?
8 – La fontaine endormie
9 – Il n’y a plus de roses rue des Rosiers
10 – Le petit train de Rita Mitsouko
11 – Comme-toi
12 – Nuit et brouillard
13 – Smoke gets in your eyes
14 – Pitchipoï
15 – Évariste
16 – Au fil du temps
17 – Les Ramones à Bitburg
18 – Signé Furax
19 – Des voix off
20 – Roméo et Judith
21 – Culture du camp
22 – La troisième symphonie de Górecki
23 – Beltz

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Le petit train de Rita Mitsouko

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 10/23

Catherine Ringer, la chanteuse du groupe Rita Mitsouko, cultivait l’art de la stéganographie. Son premier tube, Marcia baila parlait dans une chanson festive et dansante de la mort de sa prof de danse. La chanson Le petit train, succès du Top 50, sous son air bouffon et brinquebalant a des paroles assez limpides si on les examine de près.

Petit train
Où t’en vas-tu?
Train de la mort
Mais que fais-tu?
Le referas-tu encore?

Personne ne sait ce qui s’y fait
Personne ne croit
Il faut qu’il voie
Mais moi je suis quand même là

Le petit train
Dans la campagne
Et les enfants?

Les petit train
Dans la montagne
Les grands-parents

Petit train
Conduis-les aux flammes
à travers champs

Le père de Catherine Ringer, le peintre Sam Ringer, était un juif polonais, qui a passé toute la guerre, presque 5 ans, dans neuf camps de concentration différents. Catherine Ringer lui a dédié la chanson C’était un homme.

Catherine Ringer, sur son père.

1 – La chanson de Simon Srebnik
2 – La chanson de Treblinka
3 – Yisrolik
4 – Le chant des marais
5 – Le Verfügbar aux Enfers
6 – Casimir Oberfeld
7 – Êtes-vous heureux ?
8 – La fontaine endormie
9 – Il n’y a plus de roses rue des Rosiers
10 – Le petit train de Rita Mitsouko
11 – Comme-toi
12 – Nuit et brouillard
13 – Smoke gets in your eyes
14 – Pitchipoï
15 – Évariste
16 – Au fil du temps
17 – Les Ramones à Bitburg
18 – Signé Furax
19 – Des voix off
20 – Roméo et Judith
21 – Culture du camp
22 – La troisième symphonie de Górecki
23 – Beltz

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Il n’y a plus de roses rue des Rosiers

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 9/23

En 1967 Pia Colombo chante Il n’y a plus de roses rue des Rosiers.

Les paroles sont de Sylvain Reiner, la musique de Joël Holmès. Tous deux ont perdu leurs deux parents qui ne sont pas revenus d’Auschwitz. La rue des Rosiers est le cœur du vieux quartier juif de Paris, dans le Marais.

Interview très intéressante de Sylvain Reiner sur le site du magazine Je chante, ici.

1 – La chanson de Simon Srebnik
2 – La chanson de Treblinka
3 – Yisrolik
4 – Le chant des marais
5 – Le Verfügbar aux Enfers
6 – Casimir Oberfeld
7 – Êtes-vous heureux ?
8 – La fontaine endormie
9 – Il n’y a plus de roses rue des Rosiers
10 – Le petit train de Rita Mitsouko
11 – Comme-toi
12 – Nuit et brouillard
13 – Smoke gets in your eyes
14 – Pitchipoï
15 – Évariste
16 – Au fil du temps
17 – Les Ramones à Bitburg
18 – Signé Furax
19 – Des voix off
20 – Roméo et Judith
21 – Culture du camp
22 – La troisième symphonie de Górecki
23 – Beltz

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La fontaine endormie

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 8/23

Quelques années après la guerre, la Shoah devient progressivement un sujet pour la chanson française, et ce de manière très discrète au départ. Écoutez La fontaine endormie, on est en 1956. Un mur à Varsovie tout au fond d’une cour où s’arrête la vie : l’allusion au ghetto est assez claire à mon avis. D’autant que les paroles sont d’Eddie Marnay, qui a écrit plusieurs chansons sur des sujets juifs, on le reverra dans nos séries. La musique est de son comparse Emil Stern. Chantée par Renée Lebas (de son vrai nom Lieben), fille d’immigrés juifs roumains. Son père et sa sœur ont été arrêtés à la rafle du Vel’ d’Hiv’ en juillet 1942 et ne sont pas revenus de déportation.

1 – La chanson de Simon Srebnik
2 – La chanson de Treblinka
3 – Yisrolik
4 – Le chant des marais
5 – Le Verfügbar aux Enfers
6 – Casimir Oberfeld
7 – Êtes-vous heureux ?
8 – La fontaine endormie
9 – Il n’y a plus de roses rue des Rosiers
10 – Le petit train de Rita Mitsouko
11 – Comme-toi
12 – Nuit et brouillard
13 – Smoke gets in your eyes
14 – Pitchipoï
15 – Évariste
16 – Au fil du temps
17 – Les Ramones à Bitburg
18 – Signé Furax
19 – Des voix off
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22 – La troisième symphonie de Górecki
23 – Beltz

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Êtes-vous heureux ?

Les Juifs et la chanson III – Shoah et chanson 7/23

On va voir dans les prochains billets que de nombreux chanteurs ou paroliers juifs, parfois enfants de déportés, parfois même orphelins, ont évoqué la Shoah dans leurs chansons. Mais les survivants des camps eux-mêmes, juifs ou non, n’ont pas témoigné en chanson à ma connaissance. Le témoignage sur la Shoah a pourtant été assez abondant et parfois contemporain de la Shoah. Annette Wieviorka commence son livre L’ère du témoin par cette citation de l’archiviste du ghetto de Varsovie, Emmanuel Ringelblum :

Tout le monde écrivait […]. Journalistes et écrivains, cela va de soi, mais aussi les instituteurs, les travailleurs sociaux, les jeunes et même les enfants.

Et dans sa thèse Déportation et génocide, entre la mémoire et l’oubli, elle recense 34 ouvrages parus en France dès 1945, 37 en 1946 et 36 en 1947. Mais ces témoignages sont des livres. Plus tard, ce seront des interviews, des documentaires, etc. Mais pas de chanson, française en tout cas, à ma connaissance. Mon avis sur la question, c’est que la chanson est tout simplement un art assez impropre au témoignage. Charles Aznavour aimait dire qu’on doit raconter dans une chanson non pas sa vie, mais celle de celui qui écoute… La chanson est plus l’art de ce qu’on veut entendre que celui de ce qu’on a à dire, il est rarement à l’avant garde, voir la série du blog sur les sources et les robinets.

À part la chanson de Simon Srebnik passée dans le premier billet de la série, je n’ai trouvé qu’une seule chanson où l’on entende une survivante des camps de la mort : Marceline Loridan-Ivens, dans Êtes-vous heureux, une chanson de Vincent Delerm qui ne concerne pas la Shoah a priori.

La chanson est plutôt un collage, à partir d’extraits de Chronique d’un été, un film expérimental, entre le documentaire et le cinéma-vérité, de Jean Rouch et Edgar Morin. Marceline Loridan-Ivens interviewe des passants Place de la République à Paris. Autre extrait du film :

Toujours dans Déportation et Génocide, je trouve des paroles écrites par un déporté tout juste libéré d’Auschwitz : Henry Bulawko. La chanson a été écrite en mars 1945 au centre de rassemblement des Français de Katowice. Ce n’est pas vraiment une chanson de témoignage, plutôt un chant patriotique. À chanter sur l’air du Chant du départ, je n’ai pas trouvé de version enregistrée.

Brisant enfin ses fers
Notre France éternelle
Ayant connu un véritable enfer
A déployé à nouveau ses ailes
Le fier coq de la liberté
A chanté le réveil de la patrie

Refrain
Une République nouvelle
Nous appelle à conquérir à nouveau
Tout ce qui fit la France si belle (bis)
Sa Marseillaise et son drapeau

[…]

1 – La chanson de Simon Srebnik
2 – La chanson de Treblinka
3 – Yisrolik
4 – Le chant des marais
5 – Le Verfügbar aux Enfers
6 – Casimir Oberfeld
7 – Êtes-vous heureux ?
8 – La fontaine endormie
9 – Il n’y a plus de roses rue des Rosiers
10 – Le petit train de Rita Mitsouko
11 – Comme-toi
12 – Nuit et brouillard
13 – Smoke gets in your eyes
14 – Pitchipoï
15 – Évariste
16 – Au fil du temps
17 – Les Ramones à Bitburg
18 – Signé Furax
19 – Des voix off
20 – Roméo et Judith
21 – Culture du camp
22 – La troisième symphonie de Górecki
23 – Beltz

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