Les Juifs et la chanson I – La chanson yiddish 2/14
Nous visitons aujourd’hui le « Ruth Rubin legacy ». Ruth Rubin est née au Canada au début du XXe siècle dans une famille juive immigrée de Bésarabie (devenue depuis Moldavie). Elle a consacré une partie de sa vie à la collecte de chansons yiddish traditionnelles auprès d’immigrés en Amérique du Nord. Cette collection d’environ 2000 chansons est archivée au YIVO à New-York, voir le site web très riche qui propose des centaines de chansons, plusieurs vidéos, playlists, etc.
Je vous propose Vos shloft ir, ir shlefer? Par Éléonore Biezunski, chanteuse et archiviste au YIVO, qui a monté plusieurs spectacles et enregistré un disque autour du répertoire « Ruth Rubin ».
Quelques explications sur Yerushe, le disque d’Éléonore Biezunski.
Les Juifs et la chanson I – La chanson yiddish 1bis/14
Le billet d’hier a suscité plusieurs commentaires. Jean-Pierre Segot me signale la chanson La mia nonna l’é vecchierella, dont la mélodie ressemble aussi à Bella Ciao.
Jacquouille, internaute isérois, me demande s’il y a un lien entre les paroles de Bella Ciao et celles de Dus zekele koilen. Je ne crois pas. Pour en savoir plus, une traduction de Dus zekele koilen est disponible ici et la partition originale sur le site de la bibliothèque du congrès ici. La page Wikipedia de Bella Ciao donne une traduction des paroles en français, ici.
Les Juifs et la chanson I – La chanson yiddish 1/14
Après « Mai 68 » il y a deux ans, après « la chanson est-elle un art majeur ? » l’année dernière, cette année sera consacrée aux Juifs dans la chanson : judaïsme, chanteurs juifs, chanson évoquant les Juifs, antisémitisme, Israël, shoah, etc. Les sujets ne manquent donc pas, et pas les plus simples. S’ajoute une difficulté inattendue pour le pauvre blogger-chanson que je suis : la présence plutôt importante du judaïsme au sens large dans l’actualité, l’historiographie, le cinéma ou la littérature par exemple, semble être en corrélation inverse de sa place plutôt discrète dans les chansons françaises. On reviendra sur divers avatars de ce phénomène dans les prochaines séries.
Mais je souhaite commencer par un pas de côté, en m’intéressant dans cette première série à la chanson yiddish. Pour rappel, le yiddish est la langue des Juifs d’Europe de l’est, issu de l’allemand médiéval, mélangé de nombreux mots hébreux et d’emprunts à diverses langues slaves. Parlé dans toute l’Europe, il a beaucoup régressé suite à l’assassinat de millions de ses locuteurs pendant la seconde guerre mondiale. Comme par malédiction, le yiddish a été ensuite victime de phénomènes indépendants mais concourant tous à sa perte : désir d’intégration des communautés ashkénazes en Occident, politique de terreur (parfois antisémite) dans le monde communiste, et décision du jeune État d’Israël d’imposer l’hébreux comme langue unique. Pour finir, son déclin s’inscrit dans le recul généralisé des langues minoritaires.
Le répertoire yiddish n’en est pas moins vaste et surtout varié. Porté par des communautés ballottées par l’histoire et l’immigration, il s’est imprégné de tous les courants musicaux du XXe siècle. Et son grand dynamisme (à New-York notamment et dans une moindre mesure à Paris) a eu une certaine influence sur la musique populaire. Pour débuter ces séries, je propose un voyage autour d’un célèbre chant révolutionnaire italien, Bella Ciao.
Bella ciao est un chant de « mondina », les ouvrières saisonnières italiennes travaillant à la récolte du riz. Chant de travail et de protestation, il date du début du XXe siècle puis est devenu un hymne des partisans antifascistes italiens à la fin de la seconde guerre mondiale. L’origine de sa mélodie est inconnue. Il est possible qu’elle soit inspirée d’une chanson yiddish, Dus zekele koilen. Aucun document n’atteste cette hypothèse, mais les dates concordent et à moins d’une coïncidence, c’est l’explication la plus probable de la similarité des deux musiques.
Le plus ancien enregistrement de Dus zekele koilen est dû à Mishka Ziganoff. Immigré d’Odessa à la fin du XIXe siècle et parlant le yiddish bien que d’ascendance chrétienne, il a fait une carrière d’accordéoniste dans l’entre-deux-guerres à New-York, auprès notamment de la plus célèbre chanteuse yiddish de l’époque, Molly Picon, dont on reparle plus tard.
La version de Maurice Goldstein, avec paroles en yiddish.
Une version italienne de Bella Ciao, par Giovanna Daffini. Elle tenait la chanson de sa grand-mère « mondina ».
La chanson est aujourd’hui l’un des chants révolutionnaires les plus repris. Je vous propose deux versions intéressantes. Par les Ramoneurs de menhirs.
Dans un commentaire, Genzo le parolier me signale plusieurs auteurs de chansons courtes que j’ai oublié : Serge Llado, Gérald Genty et Gérard Delaleau. Merci. J’ai été voir tout ça, je vous propose une vidéo de Gérald Genty. Et à demain pour le thème de l’année.
Voilà la fin de la série sur les chansons courtes, j’ai essayé de ne pas faire trop long. Réponse à la question du premier billet : la chanson la plus courte passée dans le blog avant cette série est Meow meow im a cow, par une vache qui n’a pas laissé son nom. C’était dans une série sur les vaches, ici. Ça dure 4 secondes.
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Je vous ai aussi déjà passé La foumoila des Inconnus, 27 secondes. C’était dans la série sur le sexe, ici.
Pour conclure, Chanson courte, de Raymond Devos, qui fait son entrée au 924e billet du blog. Ça dure 21 secondes.
Cette série a été construite sur une idée originale de NP, internaute de Lyon 6e, qui détient également le record du plus grand nombre de commentaires dans le blog, merci à elle. On se retrouve dans deux jours avec le thème de l’année.
Il paraitrait que la chanson flash a été inventée par Claude Cérat, père du compositeur Éric Serra (ça ne s’écrit pas pareil … Cérat était un pseudonyme).
On parle de chanson courte, de chanson ultra courte, mais les chansons longues alors ? Je ne me suis pas trop penché sur la question, j’ai peur qu’une série sur les chansons trop longues ne plombe l’audience… Je vous ai trouvé une pièce de musique contemporaine qui dure 639 ans, Organ²/ASLSP de John Cage, voir ici. Je vous la passerai une autre fois.
C’est trop nul la chanson longue. Je vous passe plutôt Ah si j’étais riche par Les elles. Ça dure 26 secondes.
On peut commencer à classifier un peu les chansons courtes. Il y a les exercices de style brillants ou pénible. Il y a l’alliance paradoxale du concis et du laborieux. Il y a les pures blagues. Il y a les chutes, les rebuts, les machins pas finis, les refrains qui n’ont jamais trouvé leurs couplets, les bribes enregistrées par hasard, et puis qu’on garde parce que pas si mal. Mais qu’en est-il des chansons qui sont juste courtes, comme ça sans raison ?
Je vous propose aujourd’hui celle qui selon moi est la spécialiste de la chanson courte « naturelle ». La grande Véronique Sanson, qui a même écrit une chanson appelée C’est long c’est court. Revue de détail de ses chansons courtes. Pour les Michel, instrumental, sur l’album Amoureuse, 1 minute 6 secondes.
Angela, sur l’album De l’autre côté de mon rêve, 23 secondes tout de même.
Ensuite, plusieurs chansons difficiles à trouver : Les délires d’Hollywood, sur l’album Hollywood, 1 minute 15 secondes, Jaime Magdaleno de Barcelona, sur l’album Laisse-la vivre, 1 minute 35 secondes, C’est bizarre dans Véronique Sanson (l’album blanc), 40 secondes, Le train sur l’album Symphonique Sanson, 59 secondes, Aah… Enfin ! sur l’album Plusieurs Lunes, 1 minute 21 secondes.
Et puis je vous parlais de C’est long, c’est court. Vérification faite, c’est long, c’est pas court : 3 minutes et 28 secondes.