Joyeux Noël
Un très joyeux Noël et une bonne année, avec la merveilleuse famille Foux !
Le jardin aux chansons qui bifurquent
Une chanson par jour !
Joyeux Noël
Un très joyeux Noël et une bonne année, avec la merveilleuse famille Foux !
La chanson sexuellement explicite 1/18
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C’est Noël, période tout particulièrement propice à mon business de blogger. Tout le monde s’emmerde à des réveillons bourratifs. Je m’excuse de le dire, mais c’est un fait : les enfants braillent, tonton chiant pérore, la dinde est mal décongelée, la main n’est jamais loin du smartphone… J’imagine mon pauvre lecteur enfermé aux toilettes en train de lire ces lignes sur son iPhone tout neuf à peine déballé du sapin.
Allez, je vous raconte un petit souvenir personnel : lorsque j’écoutais Macha Béranger il y a bien longtemps, elle demandait quelquefois aux automobilistes qui passaient sous la Maison de la Radio de faire un appel de phare, et puis elle disait si elle en voyait. Je vous propose la version 2.0 de cette pratique : si vous lisez ces lignes, mettez un commentaire, ce sera mon cadeau de Noël. Et précisez bien si vous êtes enfermé aux toilettes pendant le réveillon, qu’on rigole un peu.
Moi aussi, j’ai un cadeau de Noël pour mes abonnés. Comme chaque année j’essaye de trouver un thème plus distrayant qu’à l’accoutumée. Cette année, je frappe sous la ceinture : c’est la chanson sexuellement explicite. Je commence soft, mais pour les billets suivants, vérifiez bien qu’il n’y a pas d’enfant dans la pièce. Ils n’ont qu’à jouer avec leurs cadeaux à la fin.
Les ratés de la bagatelle, Patachou
Version sympathique, par les Trois ménestrels.
La chanson, art majeur ou art mineur, III. Les expressions toute faites chez Brassens 10/10
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Dernière chose sur Brassens (je garde le solfège pour la fin, ça enquiquine la plupart des lecteurs). Je disais au début de la série que Brassens triture un peu les textes des poètes qu’il adapte. Il ne retient que 9 strophes des 24 de La légende de la nonne de Victor Hugo. Et la découpe rythmique n’est pas uniforme. Par exemple dans « À l’amour demandent merci », l’accord La7 tombe sur le 3è pied : « mour ». Tandis que sur « D’un feu plus chaste ne brilla », l’accord tombe sur le 4è pied : « chaste ». Ceci est plus ou moins nécessaire pour le mix parole-musique. Ce genre de fantaisie n’arrive jamais avec des paroles de Brassens lui-même, qui avait la maitrise conjointe du texte et de la musique, et pouvait polir les deux jusqu’à la fusion parfaite. Contrainte qui n’échoit pas au poète, tout majeur son art soit-il.
Texte intégral d’Hugo, ici.
La chanson.
Une vidéo intéressante sur Brassens et son rapport à la musique et aux paroles. Avec Juliette et Louis-Jean Calvet.
Tout à la fin de la vidéo, on entend le groupe La pompe moderne dont on reparle un de ces jours. Avant goût, avec DJ, laisse kiffer la vibe. Et surtout, restez en ligne, série spécial Noël après-demain.
La chanson, art majeur ou art mineur, III. Les expressions toute faites chez Brassens 9bis/10
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Avant de clore cette série sur les expressions toute faites chez Brassens, un point sur les propositions des lecteurs, qui curieusement concernent toutes des syllepses de sens. Pour rappel, une syllepse de sens consiste en l’utilisation d’un mot en son sens propre et en son sens figuré, simultanément.
Pierre Delorme me signale que « faire flèche de tout bois » n’est pas une invention de Brassens, mais une expression qui existait déjà. Je pensais que c’était un détournement de « faire feu de tout bois », mais effectivement. L’expression serait même attesté dans le Dictionnaire de l’Académie Française, édition de 1762. Brassens recourt donc à une syllepse de sens, puisqu’on lit « Au printemps Cupidon fait flèche de tout bois… » dans Les amours d’antan. Le mot « flèche » est bien simultanément au sens propre et au sens figuré, pour autant qu’elles ne soient pas trop « émoussées dans le bout, les flèches courtoises qu’il nous décoche », ce bon vieux Cupidon…
Nadia, internaute de Meylan relève une syllepse qui m’a échappée dans Auprès de mon arbre : « tous de bonne graine ». J’en prends de la graine.
Diego me propose « en me tenant le bec dans l’eau » dans Comme une sœur. Effectivement, c’est bien une syllepse puisque le narrateur a vraiment la tête sous l’eau. Il remarque aussi que le si romantique « souper aux chandelles » de La fessée se tient dans une chapelle ardente.
La chanson, art majeur ou art mineur, III. Les expressions toute faites chez Brassens 9/10
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Pour finir, Brassens opère souvent des substitutions d’un mot pour un autre dans des expressions toute faites. Le mot le plus fréquemment passé de la sorte en contrebande est « cœur ». Dans Une jolie fleur, « mener par le bout du nez » devient « mener par le bout du cœur » et « mettre un pays à feu et à sang » devient « mettre mon cœur à feu et à sang ». Dans Pénélope, « il n’y a pas de quoi fouetter un chat » devient « il n’y a pas de quoi fouetter un cœur ». Dans Les Lilas, le cheval d’Attila, après qui l’herbe ne repousse pas, nous donne à propos du temps : « au cœur où son cheval passe, l’amour ne repousse pas ». Le mot cœur prend donc souvent la place d’un autre, mais il peut aussi disparaître au profit d’un autre : dans Les croquants, « à contre-cœur » devient « à contre-sous ».
On notera que chez cet auteur volontiers paillard, le cœur est plus à l’honneur que le cul et ses variantes, qui participent quand même à quelques détournements. Dans Grand-Père : « avoir un œil qui dit merde à l’autre » devient « avoir une fesse qui dit merde à l’autre ».
Un grand nombre de détournements d’expressions concernent la mort. Dans Les funérailles d’antan « péter plus haut que son cul » devient « mourir plus haut que son cul ». Dans Le testament : « va voir là-bas si j’y suis » devient « va-t-en voir la-haut si j’y suis », dit par Dieu en personne, « faire l’école buissonnière » devient « faire la tombe buissonnière » et « effeuiller la marguerite » devient « effeuiller le chrysanthème ». Dans Les deux oncles, « trois petits tours et puis s’en vont » devient « trois petit morts et puis s’en vont ». Dans Mourir pour des idées, « tourner autour du pot » devient « tourner autour du tombeau ». Dans Grand-père « empêcheur de tourner en rond » devient « empêcheur d’enterrer en rond »
Il y a plusieurs détournements autour du mot bouche – j’attends les interprétations de mes lecteurs psychanalystes. Je me contente de noter que trois fonctions de la bouche sont évoquées : embrasser, parler, ingurgiter. Il manque la plus impérieuse : respirer (mais on aussi le nez pour ça). Dans Une jolie fleur, « ne plus savoir où donner de la tête » devient « ne plus savoir où donner de la bouche ». Dans Le vin, on « tourne sept fois sa langue » non pas dans sa bouche mais dans sa gueule de bois. Et dans La ronde des jurons, « à bras raccourcis » devient « à langue raccourcie ».
Quelques autres détournements. Dans Le temps passé, le nez au-delà du bout duquel on ne voit pas est un lit. Dans Les amours d’antan, « faire feu de tout bois » devient « faire flèche de tout bois ». Dans Mourir pour des idées, on le voit venir « avec ses gros drapeaux » en place des habituels gros sabots. Dans À celle qui est restée pucelle, on rencontre des « Vénus de Panurge », ça nous change des moutons.
Voilà, je crois que c’est tout. Une vidéo qui n’a rien à voir pour fêter ça : « That- that’s about it.».
Devant ce tsunami de chansons de Brassens, je ne sais plus laquelle choisir. Puisqu’on parlait de cœur et de cul dans ce billet, je vous passe Y’a des coup pieds au cœur qui s’perdent, de Rémo Gary, hommage conscient ou non à tous les détournements d’expressions du bon Maître Georges.
La chanson, art majeur ou art mineur, III. Les expressions toute faites chez Brassens 8/10
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Des expressions dont l’usage a raboté le pouvoir poétique prennent un bain de jouvence dans l’encrier du bon Georges. Dans P… de toi, « être dans la lune » devient « vivre dans la lune », et « remonter dans la lune ». Dans Le cocu, une expression aussi médiocre et bourgeoise que « le haut du panier », nous donne :
On cueille dans mon dos la tendre primevère
Qui tenait le dessus de mon panier de fleur
Le cocu.
La chanson, art majeur ou art mineur, III. Les expressions toute faites chez Brassens 7/10
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Certaines citations ou expressions sont égrenées par Brassens tout au long de nombreuses chansons. Je pense à « effeuiller la marguerite », aux « Dames du temps jadis » de François Villon et à son vers « Mais où sont les neiges d’antan ?». Cette marguerite, ces belles dames et ces neiges d’antan sont filées, parfois entremêlées, au long d’une grosse douzaine de chansons. Cette répétition à mi-chemin de l’invention et de la citation participe à l’univers nostalgique et stéréotypé de Brassens, au même titre que son village conventionnel.
Revue de détail.
« Mais où sont les neiges d’antan » devient « Mais où sont les funérailles d’antan ? » dans Les funérailles d’antan. Dans Le temps ne fait rien à l’affaire, les vieux cons deviennent de « vieux cons des neiges d’antan ».
Dans Élégie à un rat de cave : « Mine de rien tu es allée faire / Ton trou dans les neiges d’antan ». Chanson où l’on peut aussi entendre :
Désormais, c’est pas des salades
Parmi Flora, Jeanne, Thaïs,
J’inclus ton nom à la Ballade
Des Belles Dam’s du Temps Jadis.
Dans Le fantôme :
Eh bien, messieurs, qu’on se le dise
Ces belles dames de jadis
Sont de satanées polissonnes
Plus expertes dans le déduit
Que certain’s dames d’aujourd’hui,
Et je ne veux nommer personne !
Dans Le vieux Léon :
Si d’ temps en temps
Un’ dam’ d’antan
S’ laisse embrasser
Sûr’ment papa
Que tu r’grett’s pas
D’être passé
Dans Les amours d’antan :
C’étaient, me direz-vous, des grâces roturières,
Des nymphes de ruisseau, des Vénus de barrière…
Mon Prince, on a les dam’s du temps jadis qu’on peut…
Plus loin dans la même chanson :
La marguerite commencée avec Suzette,
On finissait de l’effeuiller avec Lisette
Dans Le moyenâgeux :
Ma dernière parole soit
Quelques vers de Maître François,
Et que j’emporte entre les dents
Un flocon des neiges d’antan.
Dans Le passéiste :
Quitte à froisser la marguerite,
Faut que je dise
Que tu es ma fleur favorite,
Myosotis.
Si les neiges d’antan sont belles,
C’est qu’les troupeaux
De bovins posent plus sur elles
Leurs gros sabots.
Dans Discours de fleur :
Les « je t’aime un peu beaucoup »,
Ne sont guère de mon goût,
Les serments d’amour m’irritent,
Se plaignait la marguerite.
Car c’est là mon infortune,
Aussitôt que débute une
Affaire sentimentale,
J’y laisse tous mes pétales.
Dans La non demande en mariage :
À aucun prix, moi je ne veux
Effeuiller dans le pot-au-feu
La marguerite.
Dans Le testament :
En effeuillant le chrysanthème
Qui est la marguerite des morts
Dans Sale petit bonhomme :
Avisant, oubliée, la pauvre marguerite
Qu’on avait effeuillée, jadis, selon le rite
Quand on s’aimait un peu, beaucoup,
Dans Saturne :
Viens encore, viens ma favorite,
Descendons ensemble au jardin,
Viens effeuiller la marguerite
De l’été de la Saint-Martin
Dans Cupidon s’en fout :
On effeuilla vingt fois la marguerite,
Elle tomba vingt fois sur « pas du tout ».
Et notre pauvre idylle a fait faillite,
Il est des jours où Cupidon s’en fout.
Que choisir ? Je vous passe Cupidon s’en fout, par le duo Contrebrassens.
La chanson, art majeur ou art mineur, III. Les expressions toute faites chez Brassens 6/10
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On l’a vu dans le dernier billet, Brassens détourne des expressions qui relèvent plutôt de la citation. Dans Corne d’Aurochs, « on a su qu’il était enfant de la patrie » est un emprunt à La Marseillaise. Idem dans La mauvaise herbe avec « le jour de gloire est arrivé ». Dans Le moyenâgeux, « il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark » est transposé « au royaume de truanderie ».
La mauvaise herbe.
La chanson, art majeur ou art mineur, III. Les expressions toute faites chez Brassens 5/10
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Parfois Brassens se fait pédagogue : il détaille, décortique ou explique une expression. Dans Embrasse-les tous, l’expression « cœur d’artichaut » est expliquée : « cœur d’artichaut, tu donnes une feuille à tout le monde ». En solfège, inscrire une altération (un dièse ou un bémol) « à la clef » signifie que l’altération est indiquée au début de la portée, près de la clef donc, afin qu’elle s’applique à tout le morceau. Ce qui donne dans Le petit joueur de fluteau « avoir un blason à la clef », « un évêque à la clef », « un manoir à la clef », « du sang bleu à la clef » et « une princesse à la clef ».
Parfois, Brassens dilue les expressions. Dans Tempête dans un bénitier, « scier la branche sur laquelle on est assis » devient :
Ces corbeaux qui scient qui rognent, tranchent
La saine bonne vieille branche,
Da la croix où ils sont perchés
Dans Le modeste, Brassens laisse la bride posée sur l’encolure de sa muse et renonce à toute concision en diluant « mon royaume contre un cheval » dans tout un sizain.
Comme jadis a fait un roi,
Il serait bien fichu je crois,
De donner le trône et le reste
Contre un seul cheval camarguais
Bancal, vieux, borgne fatigué,
C’est un modeste.
Le modeste.
Sur la vidéo, vous pouvez vous amuser à reconnaître le plus de célébrités que vous pouvez : Jacques Martin, Enrico Macias, Guy Bedos, Salvatore Adamo, Mort Shuman, Eddy Mitchell. Et bien sûr, à la contrebasse, Pierre Nicolas.
La chanson, art majeur ou art mineur, III. Les expressions toute faites chez Brassens 4/10
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Brassens aime combiner différentes expressions. Dans Trompettes de la renommée, « dormir comme un loir » et « s’endormir sur ses lauriers » deviennent « sur mon brin de laurier je dormais comme un loir ». Dans Sauf le respect que je vous dois, « atteindre le septième ciel » et « le ciel m’est tombé sur la tête » deviennent « que le septième ciel sur ma pauvre tête retombe ! ». Dans Le boulevard du temps qui passe, « lancer un pavé » (au sens de Mai 68), « la mare aux canards » et « jeter un pavé dans la mare » nous donnent :
Dans la mare de leurs canards
Nous avons lancé goguenards,
Force pavés, quelle tempête.
Dans Mourir pour des idées, la juxtaposition de quatre expressions plus ou moins banales produit les quatre hémistiches de deux alexandrins bien balancés. C’est presque comique comme effet poétique si on y réfléchit.
Mourir pour des idées, c’est le cas de le dire,
C’est leur raison de vivre, ils ne s’en privent pas.
Mourir pour des idées.