La femme tronc de Stéphane Golmann a suscité plusieurs commentaires à propos de L’hélicon de Boby Lapointe (merci à Hughes et Odile). Je vous passe une reprise par Higelin et sa fille Izia. Transition parfaite avec la suite de la série qui nous permettra d’explorer quelques chansons comiques en lien avec le handicap.
L’original.
J’en profite pour passer une chanson de Fréhel que j’ai oubliée : Tel qu’il est.
Aujourd’hui JeHaN nous chante Les petits amoureux, sur un texte de Bernard Dimey. Je vous laisse découvrir cette chanson des plus étranges sans rien divulgacher.
Crédits. – Sur Mauvais garçon, Tandem et Mon or : Basse & choeurs – Vincent FAUCHER Batterie – Jean-Philippe MOTTE – Sur Tes éléphants roses : Basse, guitares, claviers – Vincent Faucher Batterie – Sylvain Joasson – Il n’y a pas d’amours heureux : Louis Aragon / Georges Brassens
Je vous propose aujourd’hui plusieurs extraits de l’opéra rock Tommy du groupe The Who. Tommy est un enfant aveugle, sourd et muet, joué par le chanteur Roger Daltrey. La scène où le diagnostic du handicap est posé est intéressante : le père pense surtout à son argent et la mère répond aux avances du médecin joué par Jack Nicholson.
Autre scène intéressante : le jeune Tommy est conduit dans une sorte de messe où un culte à Marilyn Monroe est censé apporter une guérison miraculeuse. Eyesight to the blind, par Eric Clapton.
Je vous propose une autre scène très violente, déjà passée dans la série sur l’inceste. Le jeune Tommy est torturé et violé par son oncle sadique « uncle Ernie », joué par le batteur Keith Moon. L’horreur du viol et de l’inceste est accentuée par le handicap : aveugle et sourd, Tommy ne comprend pas ce qui lui arrive, la sidération de l’inceste est comme objectivée par l’oblitération des sens. Fiddle about (qui veut tripoter en anglais).
C’est assez pionnier, voire prophétique de ce qu’on verra plus tard dans la série : la chanson identitaire, c’est-à-dire des artistes handicapés dont le handicap fait partie de leur personnalité d’artiste (Grand corps malade par exemple). Dans Tommy, le handicap est mis en avant dans l’identité d’un personnage, et presque d’un artiste. Il est en effet intéressant de noter que la mère de Roger Daltrey était handicapée (mains paralysées suite à une poliomyélite) et que Pete Townshend, le guitariste de The Who et qui a écrit toutes les chansons, a été abusé sexuellement par sa grand-mère quand il était enfant. Tommy, c’est peut-être aussi précurseur du mouvement punk, en ce sens que les punks se définissaient comme inadaptés à la société, et mettaient en avant cette inadaptation, on en reparle bientôt.
Dans Tommy, il y a aussi la dimension magique du handicapé, qui développe des capacités surnaturelles procédant parfois de son handicap. Le jeune héros devient champion de flipper alors qu’il est aveugle (et puis ensuite, gourou planétaire, je ne vous passe pas tout le film …). Déjà passé dans la série sur les jeux en chanson, où l’on notait que le flipper est le jeu le plus souvent mentionné en chanson : Pinball wizard, par Elton John.
L’univers des « monstres », exhibés autrefois dans les baraques de foire ou les cirques, est représenté dans le film Freaks (La parade monstrueuse en français), en 1932. Je vous passe la chanson à boire Gooble gobble, one of us, chantée lors du banquet de mariage du richissime Lilliputien Hans avec la belle trapéziste Cléopâtre. Cette dernière aime en fait Hercule, le monsieur Muscle du cirque et n’épouse Hans que pour son argent. Elle est admise dans la confrérie des monstres, grand honneur qu’elle dédaigne, et subit à la fin du film une terrible vengeance.
Amis musicologues, vous noterez que la chanson Gooble gobble one of us est sur une seule note, exemple unique à ma connaissance. Gobble veut dire quelque chose comme glouglou.
La supposée « confrérie des monstres » est évidemment en contradiction flagrante avec la grande diversité des handicaps représentés dans Freaks. Quoi de commun entre Johnny Eck, l’homme sans jambe qui marche sur ses mains sur la table du banquet, qui a appris à lire à l’âge de 4 ans et donnait des sermons au temple, et Schlitzie le jeune microcéphale incapable de parler à cause de son retard mental ? Ce dernier a inspiré une chanson aux Ramones, Pinhead (= tête d’épingle).
On écoute aujourd’hui Monsieur William, chanson de Jean-Roger Caussimon, interprétée par Bernard Lavilliers et Catherine Ringer. Prêtez attention au personnage d’aveugle à la fin.
Là, le handicapé, l’aveugle à la fin de la chanson, est à la fois angoissant (il marche dans le sang du crime), et doté de qualités magiques (il est « peut-être le destin »), dans un imaginaire à la fois romantique et chrétien (cf les Bien-heureux au moyen-âge (« heureux les pauvres d’esprit, car le royaume des cieux est à eux »)).
Un petit retour sur la série consacrée aux mathématiques. Dans un commentaire, Simon me signale Amor Matemático de Manolito Simonet y Su Trabuco, merci.
De mon côté, en écoutant l’excellente émission de Benoit Duteurtre consacrée à Michel Jonasz, j’ai pu un peu augmenter ma maigre collection de chansons comprenant des nombres négatifs, sujet de la plus haute importance pour la chansonologie. Il s’agit de Apesanteur, la toute première chanson du premier disque de Michel Jonasz. Je vous mets une longue vidéo avec tout le meilleur du grand Michel.
On passe à un deuxième usage du handicap en chanson : l’angoisse ou le frisson suscité par le monstre. Là encore, on peut remonter à Victor Hugo. Dans L’homme qui rit, il raconte l’histoire d’un enfant mutilé pour devenir monstre de foire. Adaptation récente en opéra par Olivier Gavignaud.
L’homme qui rit, Gwynplain, est affligé d’un rictus permanent qui a parait-il inspiré le personnage du Joker dans Batman.
Toujours dans Batman, la naissance du Pingouin, extrait de Batman returns.