Pour me faire pardonner les jugements sévères du billet précédent, je vous propose pour finir La Chanson du boucher de Michèle Bernard.
L’excellente chronique de Bertrand Dicale sur France Info m’a bien aidé à préparer cette série, allez-y voir ici.
Les chemins de la philosophie sur France Culture vient de consacrer une émission aux aliments dans les Mythologies de Roland Barthes. Avec la lecture par ce dernier de son magnifique texte consacré au steak-frites. À écouter absolument, ici.
Vous venez de lire le 1300e billet du Jardin aux chansons qui bifurquent. Je ne sais pas à l’heure où j’écris ces lignes s’il y aura un billet dans deux jours car mon travail ne me laisse que peu de loisirs ces derniers temps… Vous verrez.
Je vous ai dit qu’il y avait cinq écrivains pastichés dans la série, mais il y a six épisodes ! Car Flaubert a le droit à un deuxième pastiche, le confinement vu non plus dans ses romans, mais dans sa correspondance.
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À Louis Bouilhet, Croisset, le 7 avril 2020
Mon pauvre Louis,
Avec ce confinement, je m’abrutis de travail depuis bientôt quatre semaines. J’ai pioché durant cinq jours pour écrire seulement deux pages, une scène assez drôle où le père Bonveau range des côtes de bœuf tandis que son fils envoie des émoticones de poireaux à la belle, tableau. Du reste, je pose les premiers jalons de la baisade entre la jeune Louise et le fils Bonveau, mais comme elle sera enchâssée dans la faillite de la start-up du père, les tournures du HTML et du régime fiscal du capital-risque (sur lesquels je viens de lire trente quatre volumes !) me posent des problèmes d’assonance presque insurmontables… quelle bêtise. Les Rabelais, Homère, Shakespeare n’avaient pas à les endurer, aussi nous passent-ils de très loin et je vomis mon époque. J’aurai essayé au moins d’approcher le Beau. J’ai lu hier l’appel aux infirmières de Lamartine, c’est gigantesque, à se tordre. J’en viens à me souhaiter le sort commun, à vouloir crever une bonne fois pour toutes de ce Covid.
Merci pour les quatre cents vers que tu m’as envoyés. Garde courage. Je perçois dans ton tableau en octosyllabes des mœurs de l’Abyssinie au Ier siècle l’avenir de la littérature sans doute, qui n’aura bientôt plus que faire de se vautrer dans le bourgeois… la postérité t’en saura gré. Je les lirai demain, ils ont l’air bien roides. J’embrasse ta bonne balle (et ton couillon (gausche)),
Ton G.
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Pour conclure cette série, Michèle Bernard nous chante l’histoire d’un petit asticot blanc : L’éducation sentimentale.
Je vous recommande aussi les excellents pastiches de Paul Strocmer, a voir ici.
La présente série aborde le sexisme et le féminisme dans la chanson. Le sujet est trop vaste, trop complexe, trop ancien et trop actuel : il est impossible d’être exhaustif… Je vais donc me laisser guider par mes préférences, butinant de chanson en chanson, sans ordre ni méthode.
Une de mes chansons féministes préférées, c’est Les petites filles de Michèle Bernard.
C’est l’été 2019, chaque jour un poète. Aujourd’hui René-Guy Cadou, né en 1920.
Michèle Bernard nous chante Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires.
René-Guy Cadou est peut-être le poète le plus emblématique de l’École de Rochefort. On a déjà vu Luc Bérimont et Maurice Fombeure. On y consacrera une série, un jour.
Attention, ce billet contient un spoil. Si vous le lisez, l’énigme VF proposée dans la trente-septième série du blog perdra tout son intérêt.
Dans la série on notait que Michèle Bernard et Yvan Dautin faisaient la même faute intentionnelle dans la conjugaison du verbe mourir. Je proposais quelques explications plus moins tirées par les cheveux. En voilà une nouvelle : c’est une citation de En relisant ta lettre de Serge Gainsbourg ! Sur la vidéo, la chanson est présentée par Jean-Roger Caussimon.
Le deuxième thème abordé par le Jardin était le sexisme et le féminisme. Là encore, les chansons abondent. Je sais que certains fidèles du blog ont découvert Michèle Bernard grâce à cette série, je vous propose donc encore l’une de ses chansons.
Petit bout de femme, de Michèle Bernard
Cette chanson me rappelle un film de Claude Chabrol, La fille coupée en deux, à voir.
Dans « Chanson sociale et chanson réaliste », de Catherine Dutheil Pessin, in Cités, numéro 19, dossier Que dit la chanson ? on lit :
Eugénie Buffet est au café-concert créatrice de la « pierreuse », un genre mettant en scène un type social : la prostituée de bas-étage, des boulevards, et des fortifications. Pour mieux s’imprégner de leurs manières, elle les a longuement fréquentées ; elle parait sur scène dans le costume des gigolettes, et chante d’une voix franche, chaude et sans effet recherché les goualantes de Bruant et les complaintes ou vieux refrains populaires.
Je n’ai pas trouvé d’enregistrement de chansons d’Eugénie Buffet de son époque « pierreuse ». Mais à son répertoire, il y avait Pauvre pierreuse, chanson de 1893, paroles de Paul Rosario, musique de Georges Marietti, interprétée ici par Michèle Bernard.
Pour en savoir plus, un très beau site sur Paris, ici. Dans son autobiographie, Eugénie Buffet raconte sa première expérience de concert à Marseille lorsqu’elle avait 20 ans.
À peine eus‐je ouvert la bouche et émis la première phrase de ma chanson qu’une tempête de sarcasmes, de colère hilare, s’éleva des fauteuils, déferlant à droite et à gauche, montant jusqu’aux cintres, gagnant les balcons. Le Chef d’orchestre Trave criait : au feu ! en se penchant vers moi ; le public continuait de hurler, de rire et de siffler. Je demeurais grelottante comme une mendiante sous l’averse. J’étais vraiment digne d’inspirer pitié, et cependant, si grande est, en ces circonstances, la cruauté communicative des foules, que je ne parvenais, dans ma confusion et dans ma honte, qu’à augmenter la folie des rires et la frénésie insolente des hurlements. Alors désemparée, saisie de peur et sentant les larmes gonfler ma poitrine, je m’enfuis tout à coup hors de la scène, et, entrant dans ma loge, – notre loge commune car elle abritait plusieurs pensionnaires – je m’effondrai sur une chaise et j’éclatai en sanglots ! Je repoussais du bras, avec une lenteur farouche, les mains insinuantes et trop tendrement caresseuses de l’entremetteur «Batistine» que l’on avait surnommé la bouquetière. Ce personnage équivoque, prostitué du sexe mâle, était célèbre par la nature des services qu’il rendait auprès des vieux messieurs avides de stupre et des jolies femmes avides d’argent ! Ah ! le sinistre Batistine, avec quelle hypocrite pitié il se penchait sur ma détresse, glissant, entre deux paroles apitoyées, prononcées d’une voix grasse et molle, le nom d’un adorateur, la carte d’un type chic m’invitant à souper, et, après avoir essuyé, du coin d’un mouchoir qui sentait la crasse et le patchouli, mes yeux enflés par les larmes, avec quelle insistance rusée, il me montrait les fleurs offertes à ma tentation : «Tiens, ma petite, regarde tous ces hommes, comme ils sont gentils.» Ah ! je n’avais plus la force, je n’avais plus le courage de retrouver les mots qu’il fallait pour cravacher, comme il l’eut mérité, cet être assez vil pour profiter de ma misère et de mon désespoir. Si j’avais pu, je lui eusse crié, indignée : «Canaille que tu es ! tu viens me parler de la bonté des hommes, quand tu sais que la seule consolation qu’ils viennent m’offrir, c’est de coucher avec eux. Tu es plus lâche qu’eux, car eux, ils payent, tandis que toi, tu spécules ! Tu es plus sale, plus abject que ceux dont tu sers les passions et les vices !»
Et puis pour quand même entendre Eugénie Buffet, écoutez la vidéo suivante. Elle y parle d’un autre métier des rues : chanteuse (on reparle très bientôt de cette proximité…).
Comme deuxième volet de cette énigme, je vous propose la plus belle et la plus simple des chansons d’amour : Je t’aime, de Michèle Bernard.
Je vous rappelle qu’il faut trouver le lien avec Comme hier, chanson passée dans le dernier. Vous n’avez pas trouvé ? Patience, il y a encore plusieurs chanson avec ce petit quelque chose en commun !